Pologne

Ecoutes en Pologne: une «bombe atomique»

De nouvelles révélations accablent le chef de la diplomatie, Radoslaw Sikorski. Le scandale des écoutes alimente la théorie du complot

Ecoutes: une «bombe atomique» en Pologne

Europe De nouvelles révélations accablent le chef de la diplomatie, Radoslaw Sikorski

C’est un coup de massue pour le gouvernement Tusk. Une semaine après avoir déclenché le scandale des écoutes illégales de responsables politiques, l’hebdomadaire Wprost revient à la charge dans son édition du 23 juin et publie la transcription de quelque huit heures supplémentaires d’enregistrements clandestins.

Ces nouvelles révélations semblent encore plus accablantes que les précédentes pour la coalition de centre droit au pouvoir à Varsovie. Radoslaw Sikorski, le ministre des Affaires étrangères, est l’une des principales cibles de cette dernière salve. Ce diplômé d’Oxford, bel homme distingué, marié à la journaliste américaine Anne Applebaum, se retrouve piégé en train de parler en des termes inattendus.

Donald Tusk en danger

«L’alliance avec les Etats-Unis ne vaut rien. C’est des foutaises complètes! Elle est même nuisible car elle crée un faux sentiment de sécurité», déclare-t-il à celui qui était alors le ministre des Finances, Jacek Rostowski. Radoslaw Sikorski ajoute: «Nous pourrions entrer en guerre avec l’Allemagne et la Russie et prétendre que tout baigne au motif que nous avons fait une pipe aux Américains!» Puis il regrette que les Polonais aient «une fierté très faible et une estime de soi si basse», qui témoigneraient de leur «négritude».

Ces propos font en Pologne ­l’effet d’«une bombe atomique», comme le résume Eryk Mistewicz, expert en marketing politique. Radoslaw Sikorski, dont le nom a souvent été avancé pour prendre la relève d’Anders Fogh Rasmussen à l’OTAN ou de Catherine Ashton à la diplomatie européenne, voit sa carrière vaciller d’un seul coup. Celle du premier ministre Donald Tusk est tout aussi compromise.

Cet épisode est-il le dernier d’une série qui crée la psychose dans la classe politique mais passionne l’opinion publique autant qu’elle la scandalise? Marquée plutôt à droite et tournée vers le sensationnel, la rédaction de Wprost dit recevoir par Internet chacun de ces enregistrements pirates, mais dément catégoriquement en être l’auteur. «Nous n’avons ni inspiré ni commandé ces écoutes. Notre source n’est connue que de deux personnes chez nous: un journaliste et le directeur. Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’il s’agit d’un businessman», affirme le chef du service économique du magazine, Grzegorz Sadowski.

Dénigrement dangereux

Et pourquoi cette «source» a-t-elle choisi Wprost plutôt qu’un autre média? «Parce qu’elle savait que nous aurions l’audace de publier ces enregistrements!» répond le journaliste, tout en reconnaissant «ne pas se poser de questions» sur les motivations de «la source».

Au sein de la presse polonaise, on s’interroge. «Je ne vois pas où est «l’intérêt public» invoqué par Wprost, au contraire! Discréditer ainsi le gouvernement polonais, ça me paraît dangereux, avec tout ce qui passe en ce moment sur la scène internationale, en particulier en Ukraine», s’irrite Aleksandra Karasinska, journaliste à Newsweek Polska. La solidarité des premiers jours – suscitée par une descente des forces spéciales dans les locaux de l’hebdomadaire, le 19 juin – a fait place au doute. Pourquoi ces révélations, et surtout pourquoi maintenant?

Qui tire les ficelles de ce qui ressemble à une machination de professionnels ayant pu violer la loi des années durant, ces écoutes clandestines s’étalant dans le temps et ayant été effectuées dans deux restaurants de Varsovie? «Toutes les hypothèses sont possibles. Une vengeance d’hommes d’affaires. Un coup de services secrets étrangers… En Pologne, plus c’est farfelu, plus c’est plausible!» lance Konstanty Gebert, de Gazeta Wyborcza. «J’en connais un qui doit se frotter les mains en ce moment, c’est Vladimir Poutine», soupire de son côté le chercheur et sociologue Georges Mink.

A Wprost aussi, on se frotte les mains. Le magazine, qui tire habituellement à 50 000 exemplaires, a décidé de passer, cette semaine, à 300 000 exemplaires.

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