L'ancien Premier ministre français Edouard Balladur a été inculpé dans «l’affaire Karachi», qui porte sur le financement occulte présumé de sa campagne pour la présidentielle de 1995 via des rétrocommissions sur des contrats d'armement, a-t-on appris mardi de source proche de l'enquête. 

M. Balladur, 88 ans, qui fut le chef du gouvernement entre 1993 et 1995 a été entendu lundi par la Cour de justice de la République, la juridiction compétente pour juger des membres du gouvernement pour des crimes et délits commis dans l'exercice de leurs fonctions et a été mis en examen (inculpé) pour «complicité d'abus de biens sociaux et recel», a précisé cette source à l'AFP, confirmant une information de l'hebdomadaire Le Canard enchaîné.

Contrat d'armement avec le Pakistan

L'enquête sur l'attentat de Karachi en 2002 (15 morts) avait mis en lumière un financement occulte présumé dont aurait bénéficié l'ancien Premier ministre, alors candidat à la présidentielle de 1995, en marge de la signature d'un contrat d'armement avec le Pakistan en 1994.

Le 8 mai 2002, une voiture piégée précipitée contre un car transportant des salariés de la Direction des chantiers navals (DCN, France) avait explosé devant l'hôtel Sheraton à Karachi, tuant quinze personnes, dont 11 employés français, et en blessant douze autres. Tous travaillaient à la construction d'un des trois sous-marins Agosta vendus en 1994 au Pakistan par la France, sous le gouvernement d'Edouard Balladur.

L'enquête qui privilégiait au départ la piste Al-Qaïda s'est orientée à partir de 2009 vers l'hypothèse d'une vengeance ourdie contre Paris après la décision de Jacques Chirac en 1996 d'arrêter le versement des commissions à des responsables pakistanais.