Edouard Philippe n’est pas pour rien un amateur de boxe. En un peu plus d’une heure, le premier ministre français a tapé sur presque tous les sujets lors de sa déclaration de politique générale ce mardi, suivie dans la soirée par le vote de confiance des députés à son gouvernement.

Difficile, pourtant, de voir dans cette intervention une volonté de trouver une solution durable au problème budgétaire de la France, révélé par un audit récent de la Cour des comptes. Selon elle, le déficit hexagonal dépassera de nouveau, cette année, le plafond des 3% du PIB toléré par les règles européennes.

Pari budgétaire difficile

Le chef du gouvernement a réitéré son engagement de baisser d’un point la pression fiscale sur 5 ans, soit 20 milliards d’euros – dans un pays où le taux de prélèvement obligatoire (56,4% du PIB) est le plus élevé de l’Union européenne – assorti d’une promesse de faire baisser de trois points la dépense publique. Des promesses qui laissent pour le moins perplexe d'autant que le chef du gouvernement français a réitéré son annonce d'un grand plan d'investissement de 50 milliards d'euros d'ici 2022. Sans une nette reprise de la croissance économique, le pari budgétaire du quinquennat Macron sera très difficile à tenir.

Emmanuel Macron avait vécu l’ambiguïté fatale du début de quinquennat de François Hollande. L’ancien chef de l’Etat, dont il était le conseiller, avait choisi de ne pas appuyer d’emblée sur le frein de l’austérité budgétaire, afin de ne pas renier ses promesses. Cette fois, les mots au moins sont au rendez-vous. «Aucun ministère, aucune niche fiscale ne sera sanctuarisé», a asséné Edouard Philippe, sans prendre pour autant d’engagements de réduction chiffrée des encours de dépense.

Paquet de cigarettes à 10 euros

Plus préoccupant, le premier ministre a confirmé que le budget de la défense augmentera bien comme promis, qu’un service national (dont les contours seront à définir) sera bien réintroduit, que certaines nouvelles dépenses de santé (comme les lunettes) seront bien remboursées. Pas de moratoire de crédits à mettre en face. Et quelques augmentations attendues, comme celle du prix du diesel ou du prix du paquet de cigarettes, qui passera à dix euros. Le dimensionnement de l’impôt sur la fortune sur les seuls biens immobiliers, confirmé, attendra lui 2019. Difficile, dans ces conditions, d’atteindre les 8 milliards d’euros manquant au budget 2017 signalés par la Cour des comptes…

Au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, en septembre 2007, son premier ministre François Fillon avait déclaré que la France était presque «en faillite». Dix ans plus tard, Edouard Philippe a confirmé le constat, parlant d’un pays «accro à la dette». Mais hormis sa détermination à refonder l’action politique et à redonner confiance, le chef du gouvernement n’a pas fixé de cap économique drastique.

La question des modalités d’un redressement français, indispensable pour convaincre ce partenaire numéro un qu’est l’Allemagne, demeure donc posée. Ironie du calendrier: le président de la République était d’ailleurs, au moment de l’allocution de son premier ministre, en plongée avec le sous-marin Le Terrible au large de Brest. La plongée de son gouvernement dans les comptes de la nation devrait, elle, durer plus longtemps.