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Le Premier Ministre Edouard Philippe arrive pour dîner avec le président de la République à l’Elysée, le 20 juin.
© AFP Photo/Julien de Rosa

France

Edouard Philippe, premier adjoint du président Macron

Le premier ministre a été reconduit dans ses fonctions lundi, à la suite des législatives. Mais son nouveau gouvernement, prévu ce mercredi, sera d’abord celui du président, grand vainqueur du scrutin

Deux départs, et le gouvernement français se retrouve déjà en ballottage, malgré la déferlante de «députés Macron» à l’Assemblée nationale. Après l’annonce mardi du retrait de Richard Ferrand – ministre de la Cohésion des territoires exfiltré vers la présidence du groupe majoritaire à l’Assemblée nationale – et de la démission de la ministre de la Défense Sylvie Goulard, un vent de doute souffle sur l’Hôtel Matignon.

Son locataire, le premier ministre Edouard Philippe, venu de la droite, est officiellement le garant de l’équilibre gouvernemental entre nouveaux venus en politique (comme les ministres du Travail et de l’Education), ex-Verts et socialistes (le ministre de l’Environnement Nicolas Hulot et celui des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian) et ralliés de droite (le ministre de l’Economie Bruno Le Maire et celui du Budget Gérald Darmanin). Problème: l’ex-collaborateur d’Alain Juppé et ancien maire du Havre peine à s’imposer. Le nouveau gouvernement qu’il annoncera ce mercredi – avant un vote de confiance de l’Assemblée le 4 juillet – a d’abord été concocté à l’Elysée: «Il sera un contremaître, pas un patron», confiait hier au Monde un ancien député socialiste.

Un tel rapport de force, trois jours après les législatives, n’est pas surprenant. Même s’il s’est beaucoup impliqué dans la campagne pour défendre les candidats de la «République en marche» (LREM), le premier ministre français de 46 ans est, depuis sa nomination le 15 mai, coincé entre l’entourage présidentiel et le camp conservateur qu’il a déserté. En clair: ce juriste au physique élancé, boxeur amateur, n’a pas les clefs du ring sur lequel il va devoir se battre pour mettre en oeuvre les réformes promises.

Valeur ajoutée «en baisse»

La majorité absolue de 308 députés dont il est théoriquement le chef est dévouée au président. Le microparti centriste MoDem, qui a raflé dimanche 42 sièges, est piloté par le ministre de la Justice François Bayrou. Et à droite, la possibilité d’une scission parlementaire entre pro-Macron et anti-Macron rend sa tâche encore plus difficile, car elle renforce sa réputation de traître: «Sa première mission était d’affaiblir la droite. C’est fait, persifle un jeune député LREM. Maintenant, sa valeur ajoutée n’est plus aussi évidente.»

L’intéressé l’a compris. Son obsession, ces jours-ci, est de continuer d’occuper le centre de l’échiquier politique français tout en prenant ses distances avec François Bayrou, dont beaucoup craignent les foudres. Le garde des Sceaux et président-fondateur du Mouvement démocrate (MoDem) doit incarner la moralisation de la vie politique, sur laquelle il va défendre dès la semaine prochaine le premier projet de loi du quinquennat. Il a en outre l’avantage d’avoir pour l’heure le soutien de l’Elysée, où Emmanuel Macron n’a pas oublié qu’il lui doit en partie d’avoir été élu président.

Un malaise patent

Mais que se passera-t-il si la justice, qui a ouvert une enquête préliminaire sur l’emploi par le MoDem d’assistants parlementaires européens fictifs, devait aller plus loin et finir par mettre en examen ses responsables? Le MoDem, accusé d’avoir utilisé des employés payés par le Parlement européen pour des services sans rapport avec ce dernier, ne s’est-il pas comporté comme le Front national, qui l’a d’ailleurs dénoncé? Le malaise est patent. Sylvie Goulard, qui a promis de se défendre dans cette affaire, s’attend visiblement à des révélations problématiques. Mais que faire? D’un côté, un départ de Bayrou du gouvernement serait un premier échec retentissant. De l’autre, les nouveaux députés LREM, souvent venus de la société civile, n’entendent pas couvrir des méthodes qu’ils ont dénoncées durant leur campagne, pour bien marquer leur différence avec les «professionnels de la politique».

Edouard Philippe bute enfin sur un autre écueil: sa capacité à s’affirmer face à un président jeune, tenté de décider de tout. Au fil de ce mois écoulé et de son sans-faute diplomatique, Emmanuel Macron a gagné en assurance. Il s’est aussi engagé auprès d’Angela Merkel sur les réformes françaises «indispensables». Son réseau personnel est, en plus, beaucoup plus étoffé que celui de son premier ministre qui, à l’Assemblée nationale, était resté très discret sous la précédente législature.

Depuis la modification constitutionnelle de 2009, sous Nicolas Sarkozy, le chef de l’Etat peut en outre s’adresser directement aux députés et sénateurs réunis, ce qu’il fera sûrement après le renouvellement partiel de la Chambre haute en septembre. «Macron s’est choisi un premier adjoint. C’est dans la logique des institutions et c’est conforme à la volonté des Français qui lui ont remis les clés du pays», affirmait dimanche soir le vétéran du PS Julien Dray. Un adjoint dont la principale source de légitimité sera, à partir de maintenant, sa capacité à mettre en œuvre ce qu’Emmanuel Macron ne nomme pas la «révolution», mais la «transformation» française.

Dossier
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