Au téléphone, le ton est enjoué. Edward Flaherty affirme n’avoir jamais cru aux sondages prédisant une victoire de Joe Biden. Entretien avec le conseiller juridique des Republicans Overseas et ancien coprésident des Republicans Abroad.

Le Temps: Quelle est votre première réaction?

Edward Flaherty: J’ai toujours pensé que ce serait serré, car je ne croyais pas aux sondages. Si Trump gagne la Géorgie, la Caroline du Nord et le Michigan – le Wisconsin est plus indécis –, il n’aurait même pas besoin de remporter la Pennsylvanie. Ce dernier Etat est problématique, car il y a de la fraude à l’œuvre.

Qu’est-ce qui vous fait penser qu’il y a de la fraude en Pennsylvanie?

J’ai lu que des électeurs républicains avaient été repoussés des bureaux de vote. On leur a expliqué qu’ils avaient déjà voté par correspondance. C’est la conséquence de l’envoi aveugle de ces bulletins qui n’avaient pas été sollicités. Sur la base de ces anecdotes, je soupçonne qu’il s’agit d’un effort systématique. Et c’était prévisible, car le système américain de vote par correspondance n’est pas du tout aussi contrôlé qu’en Suisse. Les listes contiennent des gens qui sont décédés ou ont déménagé.

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Vous mentionnez qu’il s’agit d’anecdotes. Le président Trump y a aussi fait référence, sans que rien le prouve. Il a surtout déclaré avoir déjà remporté l’élection. N’est-ce pas prématuré?

Oui, bien sûr, mais Trump fait du Trump. Il est comme un vendeur de voitures, il vend son produit et il faut le prendre avec des pincettes, comme la plupart des politiciens américains. Il est vrai qu’il n’est pas encore élu au regard des voix nécessaires au sein du collège électoral.

La Cour suprême pourrait jouer un rôle déterminant.

Si tout dépend de la Pennsylvanie, je le pense en effet. C’est malheureux, car la Cour suprême a déjà dit qu’elle ne souhaitait pas s’impliquer dans l’élection. Par ailleurs, le législatif de Pennsylvanie pourrait aussi rejeter le résultat du vote populaire dans l’Etat s’il était entaché de fraudes. Mais j’espère que nous n’en arriverons pas là.

La mobilisation du camp républicain est plus importante que beaucoup de sondages le prédisaient. Comment l’expliquez-vous?

Les sondages sont erronés. C’est presque la répétition de 2016! Le vote populaire pour Trump est aujourd’hui plus élevé qu’à cette époque, et la marge avec son concurrent plus faible. Je ne suis pas surpris, vu l’enthousiasme palpable lors de ses meetings de campagne. C’était inédit. De l’autre côté, la haine viscérale des démocrates envers Trump les a aussi mobilisés.

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La pandémie n’a donc joué aucun rôle dans l’élection?

Elle n’a été qu’une excuse pour distribuer des bulletins de vote par correspondance de manière incontrôlée. Beaucoup d’Etats ne le faisaient pas auparavant et ont utilisé le Covid-19 comme une excuse à ce titre. En réalité, le coronavirus est une faille idéologique: il inquiète les démocrates alors que les républicains veulent rouvrir l’économie.

Si Donald Trump est réélu, que devra-t-il faire pour réunifier la nation?

Si les démocrates poursuivent leur résistance en refusant, comme en 2016, d’accepter le résultat de l’élection, cela continuera comme avant. Et je pense qu’ils poursuivront sur cette lancée, mais que cela aura moins d’impact que durant le premier mandat de Trump, d’autant plus qu’il semble que le président garde le contrôle du Sénat.

Mais que pourrait faire le président dans ce cas pour tendre la main?

Il faut que le rapprochement soit mutuel. Trump a, par exemple, proposé un paquet législatif en lien avec la pandémie, mais il ne participera pas aux lubies gauchistes de Nancy Pelosi. Le président se concentrera sur l’économie – on observe déjà une remontée du PIB au troisième trimestre –, les infrastructures, les questions commerciales et de propriété intellectuelle avec la Chine. Il n’est pas le facteur de blocage dans le cas d’espèce. Et il n’aura rien à offrir à des démocrates qui poursuivraient leur obstructionnisme.