De nombreux pays dans le monde ont commencé à évacuer mercredi par air et par mer, dans des conditions difficiles, les dizaines de milliers de leurs ressortissants travaillant en Libye, pris au piège des violences.

En Asie, les autorités se préparaient à mettre en place de gigantesques opérations d’évacuation pour rapatrier 100.000 travailleurs en dépit du chaos que traverse le régime de Mouammar Kadhafi.

60.000 Bangladais, 30.000 Philippins, 23.000 Thaïlandais et 18.000 Indiens sont enregistrés en Libye, principalement comme modestes ouvriers contractuels, d’après les chiffres officiels.

Les autorités libyennes ont donné leur accord pour que l’Egypte effectue 37 vols afin de rapatrier ses ressortissants, ont assuré les autorités au Caire, selon lesquelles près d’un million et demi d’Egyptiens travaillent en Libye. Des milliers d’entre eux ont commencé de rentrer en Egypte par le poste frontalier l’Al-Saloum, sur la côté méditerranéenne.

L’Union européenne (UE) a appelé la Libye à «garantir» la sécurité des étrangers sur son territoire et à «faciliter» le départ de ceux qui le souhaitent, selon un projet de déclaration du chef de sa diplomatie, Catherine Ashton. Elle a par ailleurs annoncé qu’il restait 10.000 de ses ressortissants en Libye et qu’elle mobilisait des moyens pour être en mesure de les évacuer, y compris par voie maritime.

Un ferry affrété par les Etats-Unis arrivé mercredi à Tripoli devait en repartir pour Malte.

La situation à l’aéroport de Tripoli était «chaotique», des passagers se battant pour monter dans les avions, a raconté le commandant d’un avion maltais, Philip Apap Bologna.

La Chine a entamé mercredi son plan d’évacuation pour ses plus de 30.000 ressortissants, dont de nombreux ingénieurs travaillant dans des projets pétroliers, ferroviaires ou dans le secteur des télécommunications alors qu’un premier groupe de 43 Chinois évacués est arrivé jeudi par avion à Pékin. Un autre avion, un Airbus A330-200 de 250 places d’Air China, s’est posé jeudi matin à Tripoli, afin de ramener d’autres Chinois pris dans les violences meurtrières. Un deuxième appareil devait suivre celui-ci, selon les autorités citées par Chine nouvelle.

Quatre ferries grecs affrétés par les autorités chinoises étaient en route mercredi pour la Libye, pour évacuer notamment de Benghazi environ 15.000 Chinois, en principe vers la Crète. Deux de ces navires sont déjà arrivés à Benghazi et devraient rejoindre Héraklion (Grèce) plus tard jeudi, selon Chine nouvelle.

De son côté, le Vietnam étudiait les conditions d’évacuation de ses 10.000 citoyens.

L’Inde finalisait les dispositions pour une évacuation par air et par mer de ses 18 000 ressortissants en Libye. «Cela va être une opération assez gigantesque. Nous allons non seulement devoir mettre en place des dispositions pour les avions et les bateaux, mais aussi obtenir la permission des autorités libyennes de faire atterrir nos appareils», a expliqué la secrétaire d’Etat indienne aux Affaires étrangères, Nirupama Rao. Environ 18.000 Indiens vivraient en Libye, dont 3.000 à Benghazi, employés principalement dans l’automobile et le secteur hospitalier.

Le Bangladesh, qui dépend fortement des devises étrangères envoyées par ses ouvriers employés à l’étranger, étudie l’évacuation de ses 60.000 ressortissants.

L’ambassade de Thaïlande à Tripoli a contacté les employeurs de ses ressortissants, ayant principalement leur siège à Tripoli, Benghazi, Syrte et Brak, et a demandé à ses citoyens de se tenir prêts à une évacuation.

Les Philippines ont indiqué avoir l’intention d’acheter des billets d’avion pour leurs ressortissants voulant fuir la Libye. Environ 30.000 Philippins y travaillent.

Le Bangladesh et le Sri Lanka ont contacté l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) afin de requérir une assistance technique. Environ 1.200 Sri Lankais sont officiellement enregistrés en Libye, mais leur nombre réel serait bien plus élevé.

Séoul a annoncé avoir affrêté un Airbus A330 égyptien pour évacuer vers Le Caire 260 des 1.400 Sud-Coréens encore présents en Libye. Selon le ministère des Affaires étrangères, 39 Sud-Coréens et 1.000 étrangers travaillant pour une compagnie de construction sud-coréenne ont rejoint la frontière égyptienne au sein d’un convoi de 10 véhicules.

L’Europe aussi

De nombreux pays européens poursuivaient également le rapatriement de leurs ressortissants.

Ankara a annoncé avoir rapatrié plus de 5.000 Turcs (sur 25.000 présents en Libye), mais déplore un mort.

Un premier avion charter a quitté Londres en début d’après-midi. 300 Britanniques se trouvent à Tripoli et 170 sont bloqués dans des camps dans le désert.

Un avion militaire français avec à son bord 165 touristes, dont 152 Français, en provenance de la ville de Sebha, à 660 km au sud de Tripoli, dans le sud-est de la Libye, est arrivé mercredi soir à Paris, selon le ministère français des Affaires étrangères. Il s’agit du troisième vol militaire depuis mardi. Au total, la France aura en deux jours évacué 556 personnes, dont 487 Français.

Trois avions allemands ont atterri mardi à Tripoli, où se trouvent environ 400 Allemands.

800 Italiens ont été rapatriés depuis le début des troubles, a annoncé le ministère italien des Affaires étrangères, qui espère faire rentrer par air ou mer ses ressortissants toujours bloqués à Tripoli ou à Benghazi.

La Russie a rapatrié mercredi 339 de ses ressortissants de Tripoli arrivés à Moscou à bord de trois avions et a dépêché un ferry pour évacuer des personnes se trouvant dans deux autres villes de Libye.