«Je voulais rendre ma femme et mes enfants heureux, c’est tout ce que je voulais» explique Ahmed, corps frêle et visage fatigué. En vendant son rein pour s’acheter une vie meilleure, ce père de famille soudanais installé au Caire n’imaginait pas qu’il n’y gagnerait qu’une leçon cruelle. L’Egypte est l’un des pays au monde les plus touchés par la vente illégale d’organes. Les populations qui en sont les victimes sont souvent les plus vulnérables, comme en témoigne Ahmed, réfugié, dont l’histoire est presque banale. Cet ancien chauffeur d’une quarantaine d’années, qui ne trouvait plus assez de travail au Soudan, s’est installé dans la capitale égyptienne pour améliorer le quotidien de sa famille.

Une histoire sordide 

Après un an de chômage, il a été approché par un habitué de son café. «Il m’a proposé 8000 dollars pour vendre mon rein. On peut vivre avec un seul rein, j’ai donc accepté. Je me suis dit que ma vie allait enfin changer avec cette énorme somme d’argent», raconte Ahmed, qui regrette d’avoir fait confiance à un homme qu’il connaissait à peine. Car les promesses se sont vite envolées. «Après l’opération, j’étais encore très fatigué, on m’a emmené dans un appartement, on m’a dit qu’on me donnerait mon argent au réveil», se souvient le père de famille. Mais quand il reprend enfin ses esprits, il n’y a plus personne. Sous son oreiller, il trouve pour tout dédommagement l’équivalent de 55 francs. Il ne lui reste plus aujourd’hui qu’une large cicatrice dans le dos, trace tangible de l’escroquerie dont il a été victime. «Et des douleurs», ajoute-t-il. Le hurlement de sa femme quand elle a appris ses déboires résonne encore dans son esprit comme une honte indépassable. Ahmed est sans recours, il ne peut pas porter plainte contre un intermédiaire qui a de toute façon disparu.