Un mort (le kamikaze) et 28 blessés. Tel est le bilan provisoire de l'attentat-suicide perpétré jeudi devant l'ancienne gare des autobus de Tel-Aviv, un quartier insalubre principalement fréquenté par des travailleurs immigrés en situation illégale.

Cet attentat n'est pas le plus grave qu'ait connu l'Etat hébreu mais il a été perpétré à six jours des élections législatives palestiniennes du 25 janvier et à neuf semaines du scrutin israélien du 28 mars. Il revêt donc une importance particulière.

Démantèlement de colonies

Aussitôt condamnée par l'Autorité palestinienne, cette opération a été revendiquée par le Djihad islamique. Elle a aussitôt été condamnée par les petits partis israéliens d'extrême droite qui reprochent au premier ministre par intérim Ehoud Olmert de «manquer de fermeté face aux Palestiniens», mais également par le Yecha, le lobby des colons qui accuse le premier ministre de «lui avoir déclaré une guerre sans merci».

En effet, vendredi dernier, le premier ministre par intérim a ordonné l'évacuation du marché aux légumes d'Hébron, un quartier palestinien dont les colons extrémistes ont expulsé les commerçants pour transformer leurs magasins en appartements. Dans la foulée, il a également ordonné à son ministre de la Défense, Shaoul Mofaz, de préparer le démantèlement de 20 autres implantations sauvages (créées sans l'autorisation du gouvernement) situées à proximité de grandes villes palestiniennes telles Ramallah, Naplouse, et Jénine.

Le 10 mars 2005, l'ex-magistrate Talia Sasson avait remis à Ariel Sharon un rapport démontrant que 105 colonies sauvages de Cisjordanie ont été créées grâce à la complicité de hauts fonctionnaires, d'organismes para-étatiques, ainsi que de responsables de l'armée qui ont fermé les yeux sur des détournements budgétaires destinés à rendre ces communautés viables. Poussé dans le dos par l'Administration américaine et par le reste de la communauté internationale, le premier ministre avait alors promis de «tout faire pour les démanteler». Il n'a jamais tenu parole malgré les pressions exercées par la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice lors de ses tournées dans la région.

Dix mois plus tard, Olmert semble en tout cas décidé à relever le défi. A des fins électorales? Sans doute, mais pas seulement. «Lorsqu'il vivotait dans l'ombre de Sharon, il ne s'est pas privé d'exprimer son opinion selon laquelle Israël devrait évacuer la plus grande partie de la Cisjordanie», affirme le chroniqueur Yoav Krakovsky. «Il le disait à tous ses interlocuteurs en ne cachant pas non plus son aversion pour les habitants des implantations sauvages qu'il accusait «de se croire tout permis» et qu'il se promettait de «mater.»

«Nous entamons une guerre pour le respect de la loi», a déclaré Ehoud Olmert aux responsables des services de sécurité convoqués mercredi soir pour préparer l'évacuation du marché aux légumes d'Hébron ainsi que des 20 autres colonies sauvages. «Ces dernières années, nous avons échoué dans notre manière de traiter avec ces gens-là. Nous n'avons pas été assez fermes avec eux.»

Le lendemain, interviewée par Kol Israël (la radio publique), la ministre de la Justice et des Affaires étrangères a confirmé que la décision d'évacuation «a été prise». «Nous avons trop souvent fermé les yeux et laissé faire», a-t-elle poursuivi. «Désormais, il n'est plus question de laisser des colons vivre en dehors du cadre de la loi.»

Selon toute probabilité, l'opération débutera la semaine prochaine. A Hébron d'abord. Elle sera menée par 2000 policiers et soldats mobilisés depuis mercredi. Tout en saluant le fait qu'Ehoud Olmert «s'émancipe de Sharon et agit enfin par lui-même», les chroniqueurs israéliens estiment que le démantèlement en gestation sera plus dangereux que celui de la bande de Gaza. Parce que les colons de Cisjordanie sont 250000 (contre 8000 à Gaza) et parce qu'un petit noyau d'entre eux promet de faire usage de ses armes contre les policiers et les soldats chargés de les déloger.