Ehud Barak s'avance à la rencontre de Yasser Arafat pour sa première rencontre officielle avec le chef de l'Autorité palestinienne. Le premier ministre israélien, ex-commandant en chef de l'armée israélienne, sans doute plus à l'aise dans un treillis kaki que dans son complet, sert longuement les mains du dirigeant palestinien déjà un peu voûté par l'âge. Ils ont leur première prise de contact, au point de passage d'Erez, en présence de leurs conseillers respectifs.

Que se sont-ils dit? On connaîtra quelques bribes de leur discussion d'une heure au cours d'une conférence de presse commune. Ehud Barak a le ton et les mots qui renvoient au discours d'un autre chef de gouvernement israélien: Yitzhak Rabin. Ce dernier avait rêvé de paix, il en est mort sous les balles d'un fanatique juif. Ehud Barak parle de «respect mutuel». Il s'engage solennellement à appliquer l'Accord de Wye Plantation. Les journalistes israéliens sursautent en écoutant cet engagement formulé d'une voix résolue. Ils savent qu'Ehud Barak cherche en fait à différer jusqu'au règlement définitif la troisième phase du retrait israélien de Cisjordanie inscrit dans l'Accord de Wye Plantation. Les Palestiniens, eux, ne retiennent que la promesse du nouveau premier ministre israélien de respecter les accords souscrits par son prédécesseur. Il y a là, sous-jacent, l'amorce d'un futur malentendu.

Yasser Arafat prend, à son tour, la parole. La voix est comme étouffée. Mais dès qu'il aborde la question des colonies de peuplement, il retrouve son mordant: «Les implantations ne sont pas seulement illégales, elles détruisent aussi le processus de paix.» Et pour lever toute ambiguïté, il appelle en public le gouvernement israélien à se conformer aux dispositions de l'Accord de Wye Plantation: remettre en liberté des milliers de prisonniers palestiniens, évacuer des parties de la Cisjordanie, permettre la construction d'un port en eaux profondes à Gaza, établir une voie routière «sûre», c'est-à-dire, sans contrôle policier israélien, entre la bande de Gaza et la Cisjordanie, laisser les produits agricoles palestiniens s'écouler librement sur le marché israélien.

Manifestement, Yasser Arafat veut croire que l'homme à ses côtés, contrairement à Benjamin Netanyahou, est digne de sa confiance. Dans un tel climat d'optimisme, Yasser Arafat se lance dans une envolée lyrique sur «la paix, la sécurité et la coopération entre Palestiniens et Israéliens, mais aussi entre tous les peuples de la région».

En se rendant à cette rencontre, Ehud Barak avait l'idée en tête de réclamer l'intervention d'Arafat pour annuler la conférence sur les violations par Israël de la quatrième Convention de Genève, qui doit se tenir jeudi prochain. Selon le premier ministre, il ne s'agit que d'une «grossière manœuvre» destinée à mettre Israël au banc des accusés. Ni dans la conférence de presse, ni dans les interviews accordés ensuite, il n'a évoqué la conférence de Genève. Yasser Arafat aurait posé comme condition à son annulation qu'Israël gèle toute construction dans les colonies de peuplement. Ehud Barak s'y serait refusé, mais en promettant par contre que, jusqu'au règlement définitif, plus aucune implantation ne sera créée.