Malgré les vacances parlementaires, l'opposition de droite avait obtenu le quorum nécessaire pour débattre mardi en séance extraordinaire une motion antigouvernementale, mais cette manœuvre a soudain tourné court. En effet, faute de pouvoir réunir la majorité absolue (61 voix sur 120) sur ce texte qui interdit au cabinet d'Ehud Barak de poursuivre des tractations secrètes ou formelles avec les dirigeants palestiniens, Ariel Sharon, dirigeant du Likoud, a préféré demander tout simplement le report du vote à une date ultérieure. Pourtant, en ouverture du débat parlementaire, Ariel Sharon n'avait pas ménagé ses critiques à l'égard du premier ministre. Il révélait au plus fort de sa diatribe qu'Ehud Barak aurait promis dans le cadre d'un échange de remettre 2% du territoire israélien aux Palestiniens.

Même si la droite n'a pas réussi à faire voter cette motion, elle n'y a pas renoncé. Elle attend juste le moment propice. Les partis, qui s'attendent tous à des législatives anticipées, se préparent à en découdre. Dans le but de renforcer son camp, Ehud Barak a pris langue avec Yossi Sarid, leader des pacifistes de Meretz. Il est question que Meretz réintègre les rangs de la coalition gouvernementale. Mais Yossi Sarid pose une condition: retrouver le portefeuille de l'Education nationale. Dans cette éventualité, la formation orthodoxe séfarade Shas – qui avait fait de Yossi Sarid à la fois sa bête noire et son souffre-douleur – coupera sans doute les amarres qui la retenaient encore à la nef gouvernementale. Cependant, Ehud Barak ne désespère pas de convaincre le rabbin Ovadia Yossef, mentor de Shas, de le soutenir dans ses efforts de paix.

Reprise des tractations

Il s'avère que les tractations israélo-palestiniennes ont bel et bien repris. Abou Ala, président du parlement palestinien, et Shlomo Ben Ami, ministre israélien de la Police, se sont déjà rencontrés à plusieurs reprises en vue de discuter de la principale pomme de discorde: le statut de Jérusalem. Les dernières rumeurs veulent qu'Israël soit revenu sur les concessions faites au sommet de Camp David et cherche à maintenir son contrôle sur l'ensemble de la Vieille-Ville. «Si l'Autorité palestinienne fait preuve de plus de souplesse sur la question de Jérusalem, Israël lui cédera en contrepartie la quasi-totalité des quartiers musulmans de la cité sainte, à l'exception de ceux situés à proximité même de la Vieille-Ville, et quelque 400 km2 de désert à la périphérie de la bande de Gaza», disait mardi, sous couvert de l'anonymat, un des conseillers du ministre Shlomo Ben Ami. Comme la bande de Gaza, qui compte la plus forte densité de population du monde, n'a que 363 km2, cela équivaudrait à en doubler la superficie.

Quoi qu'il en soit, aussi bien Nabil Shaat, ministre palestinien du Plan et de la coopération, que Yasser Arafat lui-même,laissent entrevoir la tenue d'un nouveau sommet tripartite (Clinton, Arafat, Barak) dans les semaines à venir. Il est probable que les trois hommes se retrouvent au siège des Nations unies début septembre à l'occasion d'une réunion des chefs d'Etat et de premiers ministres du monde entier venus célébrer ensemble à New York le millénaire. Un signe qui ne trompe pas: Yasser Arafat continue de présenter Ehud Barak comme son «partenaire» dans la recherche de la paix. Le leader palestinien, en visite en Malaisie, s'est prononcé mardi pour une éventuelle reprise des pourparlers, qui devrait avoir lieu, selon lui, à l'échéance de la Convention démocrate de Los Angeles. Selon le quotidien israélien Haaretz, Bill Clinton aurait fait savoir aux deux parties que le temps lui est compté: il ne pourra se consacrer au dossier du Proche-Orient que jusqu'à la fin du mois de septembre. Une manière de leur dire: «A bon entendeur, salut!»