Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Ehud Olmert entre dans la prison de Ramle.
© Ariel Schalit

Proche-Orient

Ehud Olmert, premier premier ministre israélien à aller en prison 

Agé de 70 ans, l'ex chef du gouvernement israélien vient de commencer à purger sa peine de 19 mois d'emprisonnement pour corruption et entrave à la justice. Un signe que la justice fonctionne, mais qui embarrasse

Déjà, un président israélien est actuellement derrière les verrous – Moshe Katsav a été condamné en 2011 à sept ans d'emprisonnement pour viol; et l'actuel ministre de l'Intérieur Aryieh Deri aussi a déjà fait de la prison, pour corruption. Ainsi, Ehuld Olmert, premier ministre pour le Likoud entre 2006 et 2009, n'est de loin pas le premier politicien israélien en vue à tâter des barreaux. Mais les présidents ont un rôle surtout honorifique, alors que les chefs de gouvernement incarnent le pays. C'est son profil exceptionnel qui donne à l'incarcération d'Ehud Olmert, ce lundi dans le bloc 10 de la prison de Maasiyahu à Ramleh, le bloc réservé aux détenus protégés, une résonance particulière, confortant les Israéliens dans leur confiance d'une justice égale pour tous, en même temps qu'elle signale visiblement les manquements de son personnel politique. 

Des affaires en pagaille

C'est pour avoir accepté des pots de vin de promoteurs immobiliers quand il était maire de Jérusalem, entre 1993 et 2003, et pour sa campagne quand il était ministre de l'Industrie, qu'après un long marathon judiciaire, Ehud Olmert a été condamné initialement à six ans de prison, avant que sa peine soit réduite à 18 mois en décembre, plus un mois pour obstruction de la justice. L'affaire concerne le projet immobilier Holyland, un projet pharaonique et très décrié en plein centre-ville de Jérusalem.

Mais ce n'est pas le seul dossier impliquant l'ex premier ministre dont se saisit la justice, il a ainsi été cité dans pas moins de sept affaires ces dernières années, rappelle la BBC. Trois enquêtes préliminaires ont finalement conclu à un non lieu, dans l'affaire Holyland il a été acquitté de la charge principale par la Cour suprême en décembre, dans une autre affaire de corruption présumée il a écopé d'un an avec sursis, il a été acquitté dans une sixième affaire. Enfin, il a fait appel de sa condamnation dans l'affaire Talansky, du nom de cet homme d'affaires américain qui lui a remis des fonds pour sa campagne électorale.

Beaucoup d'affaires pour un seul homme: ancien avocat, Ehud Olmert était connu pour son goût du luxe, des beaux costumes, des cigares, des stylos et des montres. Une série de scandales qui l'a finalement poussé à démissionner en 2009, pendant les dernières négociations sérieuses avec les Palestiniens.

Entré en prison par l’arrière, pour éviter les caméras

De nombreuses chaînes de télévision l'attendaient lundi matin pour filmer son arrivée en direct - mais Olmert est arrivé par l'arrière du bâtiment. Les médias israéliens n'ont pas été avares de détails: dans une aile réservée aux prisonniers VIP, où il retrouve l'ancien président Katsav et où doivent bientôt arriver d'autres condamnés de l'affaire Holyland, le septuagénaire occupe une cellule qui accueillera à terme trois personnes, avec toilettes et douche contiguës. Les chambres climatisées disposent d'une télévision et d'un bureau, et des téléphones sont en accès libre dans le couloir. Il pourra porter ses vêtements civils, devra répondre à l'appel tous les jours à 5h00 et se soumettre à une inspection à 7h30.

Une descente aux enfers pour celui qui avait un temps incarné l'espoir d'une pacification des relations avec les Palestiniens lors des discussions d'Annapolis, sous parrainage américain; c'est de son gouvernement que datent les derniers vrais efforts de paix israéliens.

Pour sauver de son héritage politique ce qui peut encore l'être, Ehud Olmert, qui a toujours démenti les charges dont on l'accusait, parlant tout au plus d'erreurs ou de négligence, a tenté une dernière fois de se défendre dans une vidéo tournée chez lui le week-end dernier et qui a été publiée juste avant de prendre le chemin de la prison.

«Je démens toutes les accusations de corruption portées contre moi, dit-il, l'air profondément abattu. Je vous laisse imaginer combien ce changement est douloureux et singulier pour moi, ma famille, mes proches, mes supporteurs (...) J'accepte la sentence avec un cœur courageux. Personne n'est au-dessus des lois.»

Analyses de son discours

Une vidéo différemment appréciée. «En concédant qu'il a fait des erreurs, il insiste qu'il n'a commis aucun crime. C'est comme si les six juges qui l'ont condamné n'existaient pas. C'est comme s'il n'avait pas été reconnu coupable d'obstruction à la justice il y a juste deux semaines, dans son plaider-coupable. Il s'est lui-même mis dans cette situation, accuse le Israel Hayom, le quotidien gratuit israélien. Il est temps pour lui de faire son mea culpa, réfléchir à ce moment où il a cessé de pourchasser les mafias pour devenir un politicien affamé d'argent.»

Pour d'autres, «l'incarcération d'Olmert nous rappelle utilement qu'Israël, avec tous ses problèmes et ses défauts, demeure un pays avec une démocratie vigoureuse, une justice indépendante et où les politiciens les plus puissants doivent continuer de rendre des comptes» écrit ainsi le bimestriel néoconservateur américain The American Interest. 

Le Very Important Prisoner porte désormais le matricule 9032478. L'ex premier est devenu l'un des 26 000 prisonniers du système carcéral israélien. «Les images sont partout, pourtant peu d'Israéliens s'y sont vraiment intéressés, écrit Actualité juive: pour les Israéliens, le verdict était rendu depuis longtemps.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a