Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Gilles Simeoni et des partisans de la liste «Pè a Corsica» fêtent l’annonce des résultats des élections à Bastia.
© PASCAL POCHARD-CASABIANCA/AFP PHOTO

Corse

Les électeurs corses votent pour l’autonomie, pas pour l’indépendance

Les Corses ont voté, dimanche 3 décembre, pour une autonomie qu’ils appellent de leurs vœux, sans pour autant réclamer l’indépendance. Le tout dans une relative indifférence du continent

On s’attendait à leur succès mais pas à ce triomphe, même s’ils devront attendre dimanche prochain pour le savourer, l’élection se jouant en deux tours de scrutin: les nationalistes corses, alliés aux indépendantistes, ont survolé le premier tour d’une élection très particulière. Deux ans après le renouvellement général de toutes les régions françaises, celle-ci s’inscrivait en effet dans la création d’une seule collectivité territoriale, l’Assemblée de Corse, qui remplacera dès le 1er janvier 2018 l’ancienne région et les deux anciens départements de Haute-Corse (préfecture: Bastia) et de Corse-du-Sud (préfecture: Ajaccio). La nouvelle Assemblée, composée de 63 élus, siégera à Ajaccio, ville natale de Napoléon Ier.

Triomphe des nationalistes et des indépendantistes

Avec plus de 54 000 voix et un score de 45,36%, la liste «Pè a Corsica» (Pour la Corse), composée à la fois de nationalistes et d’indépendantistes, a doublé son score par rapport à décembre 2015, malgré une abstention de 48% des quelque 234 000 électeurs corses. Les autres forces politiques sont laminées. Les deux listes de droite n’ont recueilli que 12,77% et 14,97%, celle de La République en marche (le parti d’Emmanuel Macron) seulement 11,26%. Autant dire que l’idée d’une grande alliance, d’un «front républicain» pour le second tour n’a aucune chance d’empêcher quoi que ce soit dimanche prochain. La messe est dite.

Quant au Front national, qui avait fait une percée à 10% avec quatre élus dans l’assemblée sortante, il est retombé à 3,28% et n’aura aucun élu. La présidente du FN, Marine Le Pen, qui s’était déplacée sur place pour soutenir ses candidats, enregistre là un gros échec. Elle s’en consolera en voyant que la gauche (moins de 6%) ne sera pas davantage représentée dimanche prochain.

Progression régulière

Ce succès est l’aboutissement d’une progression régulière. Déjà, depuis les élections de 2015, le nationaliste Gilles Simeoni, 50 ans, occupait la fonction de président du Conseil exécutif de Corse tandis que l’indépendantiste Jean-Guy Talamoni, 57 ans, présidait l’Assemblée de Corse. En juin dernier, trois sièges de député sur quatre avaient été conquis par les «natios», comme on dit dans l’île, sur fond de rejet des familles politiques classiques divisées, des responsables peu charismatiques, éreintés par des mandats trop longs, des discours jamais renouvelés et beaucoup de soupçons d’affairisme.

Autonomistes et indépendantistes avaient fait liste unique, ce qui ne veut pas dire qu’ils aient tous la même idée de l’avenir de la Corse. Les autonomistes sont favorables au maintien dans la République française, mais avec une part d’autonomie qui tienne compte des spécificités insulaires. Les indépendantistes, comme leur nom l’indique, souhaitent couper les ponts avec Paris, mais le disent de moins en moins fort.

«Pas dans la même séquence que la Catalogne»

Lundi matin, si Jean-Guy Talamoni a demandé à Emmanuel Macron d’«ouvrir des discussions loyales avec les responsables élus de la Corse», il a ajouté que «l’idée indépendantiste est toujours minoritaire» et que «nous ne sommes pas dans la même séquence que la Catalogne». Gilles Simeoni affirmant, lui, que «la question de l’indépendance n’est pas posée aujourd’hui».

De même, Jean-Guy Talamoni répète que «la page de l’action clandestine est définitivement tournée», après quarante ans de conflit où plasticages, attentats, mitraillages de gendarmeries, conférences de presse de militants encagoulés étaient devenus quotidiens et bravaient l’autorité de l’Etat. Le sommet de la violence avait été atteint le 6 février 1998 avec l’assassinat du préfet Claude Erignac à Ajaccio. Reconnu coupable et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité, Yvan Colonna est détenu dans une prison du sud de la France.

Objectif: un statut d’autonomie dans les trois ans

Le rapatriement dans l’île, voire l’amnistie de ceux que les indépendantistes s’obstinent à appeler des «prisonniers politiques», pourrait faire partie des discussions des prochaines semaines entre Paris et les nouveaux maîtres de la Corse, qui mettront aussi en avant le nécessaire développement économique de l’île, la création d’un «statut de résident» corse pour éviter la spéculation immobilière, mais aussi deux objectifs qui nécessitent une réforme constitutionnelle peu vraisemblable: la reconnaissance du «peuple corse» (notion refusée par le Conseil constitutionnel dans les années 1990) et la co-officialité des langues française et corse. L’objectif des nationalistes étant d’obtenir un statut d’autonomie dans les trois ans. Sur le continent, les résultats de ces élections ont été suivis sans intérêt excessif, comme si la Corse n’intéressait déjà plus le reste de la France.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a