La loterie nationale roumaine a annoncé une cagnotte de 3 millions d'euros pour le tirage du 28 novembre. Ce pactole était surtout destiné à pousser les Roumains à se rendre aux urnes. Craignant une faible participation à l'occasion des élections législatives et présidentielle, le gouvernement de Bucarest a trouvé cette solution pour inciter les Roumains à faire leur choix politique. Cette initiative aurait réussi à amadouer plus de 50% des électeurs, pourcentage nécessaire pour valider le scrutin. Polarisée entre le Parti social-démocrate (PSD) du gouvernement, qui appelle à la «continuité», et une coalition d'opposition de centre droit, qui prône le «changement», les Roumains ont choisi la «continuité».

Selon les estimations rendues publiques dimanche soir, le PSD a recueilli 38,9% des suffrages, tandis que la coalition d'opposition, «Justice et Vérité» n'a obtenu que 35,4% des voix. Le nationaliste de la Grande Roumaine (PRM), la principale formation d'opposition dans le parlement sortant, s'est contenté de 13% des suffrages. Dernière formation politique qui entre dans le futur parlement roumain, l'Union des Magyars de Roumaine (UDMR), qui représente la minorité hongroise, a atteint un score de 6%.

N'ayant pas la majorité nécessaire pour former le nouveau gouvernement, les quatre partis sont obligés de se mettre d'accord sur une coalition dont la composition se décidera cette semaine.

Quant aux deux candidats qualifiés pour le second tour de la présidentielle, ils se préparent d'ores et déjà à la confrontation finale, qui aura lieu le 12 décembre. Le premier ministre Adrian Nastase se présente comme le seul garant de l'intégration européenne de la Roumaine prévue en 2007. C'est justement ce que son adversaire, le maire de Bucarest Traian Basescu, conteste l'accusant de protéger des «réseaux mafieux» dont le seul intérêt serait de mettre la main sur la manne européenne. La Commission de Bruxelles, est prête à accorder 10 milliards d'euros de crédits non remboursables pour que la Roumanie puisse mettre en œuvre les réformes nécessaires à son adhésion.

En tête d'une mauvaise liste

La crainte d'une mauvaise gestion des fonds européens est confirmée par les statistiques de l'Office européen de lutte anti-fraudes. La Roumanie est en tête de la liste des Etats coupables d'une utilisation frauduleuse des finances européennes. Bucarest a été l'objet de 33 enquêtes de la part de cet organisme de contrôle, devançant la Pologne avec 22 enquêtes en cours et la Lituanie avec dix enquêtes.

De même que la loterie, la météo a favorisé la participation des électeurs. L'hiver, qui commence vers la mi-novembre, semble encore loin. Dimanche, le soleil a plutôt gâté les Roumains, qui sont sortis voter. Devant les bureaux de vote, les files d'attente s'étendaient sur des centaines de mètres. La gare du Nord, la principale station ferroviaire de Bucarest, a été prise d'assaut par les Roumains de passage dans la capitale. «J'attends depuis deux heures, affirme le professeur Cornel Stamate. C'est la première fois de ma vie que je prends plaisir à voir tant de monde dans une queue. Cela me rappelle l'époque de la dictature communiste lorsqu'on attendait pendant des heures avec d'acheter une bouteille de lait. Mais cette fois-ci, il s'agit de l'avenir de mon pays. Je vote pour le changement, je ne veux pas que mes enfants vivent dans un pays corrompu. La Roumanie mérite d'intégrer l'Union européenne en toute dignité et pour cela, je pourrais faire la queue jour et nuit. Regardez combien de gens attendent pour voter. Je crois qu'on a enfin compris que la démocratie peut marcher en Roumanie aussi bien qu'en Europe occidentale.»

Pourtant, le résultat de ces élections n'est pas celui que ce professeur d'histoire escomptait pour son pays. Pour l'instant, l'opposition se réserve le droit de contester le résultat des élections en cas de fraudes avérées. Un pari qui risque de déstabiliser la Roumanie, à l'image de l'Ukraine voisine.