Bolivie

Election présidentielle en Bolivie: Evo Morales au second tour

Selon des résultats partiels, le président sortant (socialiste) remporte 45,28% des voix, suivi par son principal adversaire, le centriste Carlos Mesa (38,16%). Ils s'affronteront lors d'un second tour inédit dans ce pays

Le président bolivien sortant, Evo Morales, est arrivé dimanche en tête de l'élection présidentielle, suivi de près par son principal adversaire, le centriste Carlos Mesa, le contraignant à un second tour inédit dans ce pays, selon des résultats partiels.

Le socialiste Morales remportait 45,28% des voix, tandis que Carlos Mesa totalisait 38,16% des votes, a annoncé vers 20 heures (2 heures en Suisse lundi) la présidente du Tribunal suprême électoral bolivien, Maria Eugenia Choque, avec près de 84% des bulletins dépouillés. «On est au second tour!», s'est réjoui devant ses partisans survoltés Carlos Mesa, en prenant connaissance des premiers résultats dans son QG de campagne au sud de La Paz.

Peu après, depuis le palais présidentiel dans le centre de la ville, face à des centaines de partisans du Mouvement vers le socialisme (MAS) qui scandaient «Evo, tu n'es pas seul!», le chef de l'Etat a dit faire confiance au vote des zones rurales pour éviter un second tour. «Le peuple bolivien s'est imposé pour continuer le processus de changement», s'est-il félicité en référence au nom du programme du gouvernement.

L'opposition appelle à un «vote sanction» contre Morales

Pour éviter un second tour, le candidat en tête doit obtenir la majorité absolue ou au moins 40% des voix avec 10 points de pourcentage d'écart sur le second. «En cas de second tour, ça devient un référendum» pour ou contre Evo Morales, a déclaré à l'Agence France-Presse (AFP) Gaspard Estrada, spécialiste de l'Amérique latine à Sciences Po Paris.

Neuf candidats aspiraient à diriger la Bolivie, mais seul Carlos Mesa, un journaliste de 66 ans qui fut déjà président entre 2003 et 2005, semblait en mesure de faire trébucher le chef de l'Etat de 59 ans, jusqu'ici systématiquement élu dès le premier tour. Dans ce pays de 11,3 millions d'habitants, le vote est obligatoire.

L'opposition a appelé à un «vote sanction», le camp présidentiel au «vote sûr». Après avoir voté, le vice-président Alvaro Garcia Linera a enjoint les électeurs à «penser à la tranquillité de la Bolivie», en mentionnant les violentes manifestations au Chili et en Equateur.

«La démocratie en danger»

Pour la politologue bolivienne Maria Teresa Zegada, «le pouvoir a remplacé les politiques destinées à toute la population par d'autres qui ne servent les intérêts que de certains secteurs, et des leaders de l'opposition ont été persécutés». «Tout cela a provoqué un malaise citoyen et donné l'impression que la démocratie était en danger», analyse-t-elle dans un entretien à l'AFP.

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En outre, la décision d'Evo Morales de briguer un quatrième mandat, malgré le «non» lors du référendum de février 2016, est très mal vue par une partie des Boliviens et critiquée par l'opposition, qui estime que le pays pourrait verser dans l'autocratie en cas de nouvelle victoire. Tant les partisans du MAS que ceux de l'opposition, dont certains secteurs ont appelé à la «rébellion», ont promis de descendre dans la rue en cas de victoire du camp adverse.

Enfin, les gigantesques incendies qui ont ravagé en août et septembre une zone presque de la taille de la Suisse ont provoqué l'indignation des peuples indigènes, qui accusent Evo Morales d'avoir sacrifié la Pachamama, la Terre mère en langue quechua, pour étendre les terres agricoles et augmenter la production de viande destinée à la Chine. Les défenseurs de l'environnement mettent en cause une récente loi autorisant une augmentation de 5 à 20 hectares de la déforestation par brûlis.

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