Le chef de l’Etat, soutenu de plus en plus du bout des lèvres par la communauté internationale qui l’avait installé au pouvoir il y a huit ans, disposait mardi de 54,1% des voix contre 28,3% à son principal rival Abdullah Abdullah, selon des résultats portant sur 91,6% des bureaux de vote.

Recomptage exigé

Les décomptes de tous les bureaux devraient être livrés jeudi mais ils ne deviendront officiels qu’après la fin des enquêtes de la Commission des plaintes, qui a averti mardi qu’elle disposait de «preuves évidentes et convain cantes» de fraudes et exigé que l’on recompte les bulletins dans «un certain nombre de bureaux».

Elle n’en a cependant pas précisé le nombre et l’écart considérable annoncé mardi entre MM. Karzaï et Abdullah laisse penser que ce dernier aura du mal à refaire son retard. Pour l’emporter dès le premier tour, il faut plus de 50% des voix.

Attaques au coeur de Kaboul

Ces annonces sont intervenues quelques heures après deux attaques contre les forces internationales en plein coeur d’un de leurs plus imposants dispositif de sécurité, à Kaboul. Ce regain de violences survient au moment où la question de renforcer les forces internationales est en débat et où les opinions publiques, y compris aux Etats-Unis, y sont de plus en plus rétives.

Dans la nuit de lundi à mardi, deux hommes armés qui ont attaqué la base américaine de Camp Phenix, aux portes de Kaboul, ont été rapidement abattus. Un kamikaze a tué au moins trois civils et blessé dix personnes, dont trois soldats américains et un belge, en faisant exploser sa voiture piégée devant l’entrée de la base militaire aérienne de l’Otan à l’aéroport de Kaboul. Un porte-parole des talibans a aussitôt revendiqué l’attentat.

Kaboul est à nouveau la cible d’attaques depuis le début de la campagne pour la présidentielle, que les talibans avaient juré de faire dérailler. Et leur insurrection s’intensifie chaque jour et s’étend au nord et à l’ouest, jusqu’alors épargnés.

Faible participation

Le jour du scrutin, les violences étaient restées relativement limitées mais la peur, conjuguée à la désillusion des Afghans envers leur classe politique, a probablement engendré une importante abstention. Le chiffre de la participation n’a pas encore été révélé mais il est estimé à 30-35%.

M. Karzaï a été installé au pouvoir dès la fin 2001 par la coalition militaire internationale emmenée par les Etats-Unis qui venait de chasser les talibans du pouvoir. Il avait été élu en 2004 dans le premier scrutin présidentiel de l’histoire de ce pays tourmenté par 30 années de guerre et de guerre civile.

Salve de critiques

Mais le sortant essuie ces derniers mois une salve de critiques venant des pays occidentaux notamment, certains accusant son gouvernement d’avoir laissé la corruption miner le pays. Et son image risque encore de se ternir si des fraudes massives sont avérées.

Le représentant spécial de l’ONU en Afghanistan, Kai Eide, n’a d’ailleurs pas mâché ses mots mardi: «l’intégrité de ces élections est de la plus grande importance pour l’Afghanistan et ses partenaires internationaux», a-t-il déclaré, réclamant une «rigueur parfaite» dans les comptages et les enquêtes sur les fraudes.