Mise à jour, 11H00: Les autorités ukrainiennes issues de la contestation du Maïdan à Kiev, réprimée dans le sang en février et ayant entraîné la chute du régime prorusse, ont qualifié le vote d’«illégal». Quelques heures après l’ouverture des bureaux de vote dans l’Est, les services de sécurité ukrainiens ont annoncé l’ouverture d’une enquête criminelle pour tentatives de «prise de pouvoir» et «changement de l’ordre constitutionnel» en qualifiant les représentants des républiques rebelles de «terroristes».

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Les bureaux de vote ont ouvert à 05h00 GMT (6H00 en Suisse) dans les républiques de Donetsk et de Lougansk, autoproclamées en avril par les séparatistes prorusses et non reconnues, qui entendent ainsi affirmer leur légitimité et s’éloigner encore plus de Kiev.

A l’école numéro 104 de Donetsk, sur le boulevard du cinquantième anniversaire de l’URSS, une dizaine de personnes attendaient dès le petit matin de pouvoir voter. «J’espère que notre vote va changer quelque chose. Peut-être que nous allons finalement être reconnu comme un vrai pays, indépendant», déclare Tatiana Ivanovna, 65 ans, qui travaille dans un institut scientifique.

«Il faut qu’on vive normalement. C’est insupportable d’avoir peur pour sa famille à chaque bombardement. Je vais voter en espérant que ça aidera nos autorités a défendre nos intérêts contre Kiev», a indique Valeri Vitalievitch, 50 ans, qui lui aussi est arrivé parmi les premiers pour voter dans ce quartier du centre de Donetsk épargné par les tirs.

«Les élections permettront de constituer un gouvernement légitime», a déclaré à la veille du vote le «premier ministre» de la «République populaire de Donetsk», Alexandre Zakhartchenko dont la victoire ne fait guère de doute.

De même à Lougansk, autre place-forte des séparatistes, le «président» Igor Plotnitski devrait être confirmé dans ses fonctions.

«Pseudo-élections»

Si la Russie a d’ores et déjà annoncé qu’elle reconnaîtrait le résultat de ces élections, Kiev, l’Union européenne et les Etats-Unis ont affirmé que ce scrutin n’avait pour eux aucune valeur.

Le président ukrainien Petro Porochenko a dénoncé «les pseudo-élections que les terroristes et les bandits veulent organiser sur les territoires occupés» et le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, à l’instar de Bruxelles, a estimé que le scrutin allait «sérieusement ébranler les accords de Minsk».

Ces accords, signés le 5 septembre entre Kiev, les rebelles, Moscou et l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), portent sur un cessez-le-feu et devaient être une première étape dans le processus de paix.

L’UE considère que ces élections constituent une violation des accords de Minsk. Moscou et les rebelles sont de l’avis opposé.

Le texte de ces accords prévoit l’organisation des élections aux conseils locaux en conformité avec la loi ukrainienne, sans faire aucune mention de scrutin législatif ou présidentiel séparatiste.

Le soutien apporté par Moscou aux élections dans les régions séparatistes va compliquer les efforts de paix, d’autant plus que sur le terrain le cessez-le-feu semble être de plus en plus virtuel avec une reprise des combats dans plusieurs zones qui ont fait plus de 300 morts au cours des dix derniers jours, selon un bilan établi par l’ONU.

Des morts et pas d’observateurs internationaux

Les autorités de Kiev ont annoncé samedi que sept soldats ukrainiens avaient été tués en 24 heures.

Aucune organisation internationale n’a envoyé d’observateurs pour ces élections qui se déroulent sans réelle campagne électorale, sans taux minimum de participation requis, et avec des candidats à peu près inconnus face aux leaders en place, tous défendant par ailleurs la même ligne politique: rejet du pouvoir de Kiev, indépendance et rapprochement avec la Russie.

Le nombre de votants est incertain: sur les quelque cinq millions d’électeurs inscrits sur les listes électorales ukrainiennes avant le conflit, nombreux sont ceux qui ont quitté la région en raison des combats.

L’enthousiasme ne semble pas être partout au rendez-vous.«Les rebelles nous ont promis une belle vie après le référendum de mai sur l’indépendance. Et nous avons eu la guerre. Je n’ai plus confiance et je ne vais pas aller voter», dit Vera, la soixantaine, en train de couper du bois qui lui servira à se chauffer, faute de gaz et d’électricité.

Elle est résidente du quartier Kouïbychevski, très touché par les tirs d’artillerie en raison de sa proximité avec l’aéroport de Donetsk, épicentre des combats depuis des mois.

De nombreux habitants des quartiers touchés par les bombardements privés d’électricité et de télévision n’ont qu’une idée très vague des candidats et de l’endroit où ils peuvent voter.