Loin d’être une péripétie en attendant le référendum du 23 juin sur l’Europe, les élections régionales (aux parlements écossais, gallois et d’Irlande du Nord) et locales (124 municipalités renouvelées en Angleterre) de jeudi seront un test pour le Parti travailliste, près d’un an après son échec aux élections législatives. Il risque d’être cruel. Selon les projections, le Labour pourrait perdre 170 postes de conseiller municipaux, son pire résultat depuis trente-quatre ans, en dépit de la série de revers subis ces derniers mois par le gouvernement conservateur de David Cameron.

En Ecosse, où ils ont régné en maître depuis des décennies, les travaillistes pourraient de nouveau perdre du terrain au profit du Parti national écossais (SNP, indépendantiste), déjà majoritaire au parlement d’Edimbourg. La gauche est aussi menacée dans ses fiefs du nord de l’Angleterre par le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP, xénophobe et antieuropéen).
Regagner la confiance
de l’opinion

Le succès attendu à Londres de Sadiq Khan, qui devrait ramener la capitale, en mains du conservateur Boris Johnson depuis huit ans, aux travaillistes, pourrait masquer ce nouveau revers national et désamorcer l’opposition persistante de députés du Labour contre le très à gauche Jeremy Corbyn, élu chef du parti en septembre 2015. La crise au Labour, intensifiée ces derniers jours par les propos jugés antisémites de Ken Livingstone – l’ancien maire de Londres et proche de Jeremy Corbyn a été suspendu du parti depuis –, pourrait s’approfondir si les résultats d’hier confirment son incapacité à regagner la confiance de l’opinion.

Pourtant, la position de Jeremy Corbyn ne devrait pas être remise en cause. Le député d’Islington dispose de la légitimité que lui confèrent les 59,5% des voix obtenues auprès des adhérents de base, et l’élection de Sadiq Khan, si elle se confirme, devrait le conforter. Il s’agit d’un paradoxe, car ce dernier, libéral en économie, est loin d’être un «corbyniste». Sadiq Khan affirme que, par souci démocratique, il a aidé Jeremy Corbyn à se présenter à la primaire travailliste en lui accordant son parrainage, mais il n’a pas voté pour lui.