La Mission d’observation de l’Union européenne pour les élections au Soudan a quitté mercredi la région du Darfour car les conditions de sécurité pour les observateurs, et pour les habitants, ne sont pas réunies, a annoncé mercredi Véronique de Keyser. «J’ai décidé de quitter le Darfour avec les six autres observateurs de la mission européenne.» Elle était déjà préocuppée: sa petite équipe aurait peiné à observer ne serait-ce qu’une fraction du processus électoral dans une région aussi vaste que le Darfour.

Plus vaste pays d’Afrique, le Soudan doit tenir de dimanche à mardi ses premières élections – législatives, régionales et présidentielles – depuis presque un quart de siècle. Certains parlent déjà d’un fiasco. Des partis d’opposition soudanais ont accusé le Président Omar el-Béchir de se préparer à bourrer les urnes. Son principal opposant, le musulman laïque Yasser Arman, défendant la bannière des ex-rebelles sudistes du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), s’est retiré. Selon le International Crisis Group, le gouvernement de Khartoum s’est servi du prétexte de l’état d’urgence au Darfour pour y truquer le processus électoral. La guerre civile au Darfour est à l’origine depuis 2003 de 300’000 morts selon les estimations de l’ONU, 10’000 d’après Khartoum. La Cour Pénale Internationale a émis un mandat d’arrêt international en mars 2009 à l’encontre du dirigeant soudanais. Elle l’accuse de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.

L’insécurité endémique au Darfour permet en outre difficilement aux candidats d’y mener leur campagne. Et l’accès limité, voire impossible, à certaines zones de cette région complique le travail des observateurs. «J’ai peur que d’aller observer, avec quelques personnes sur le terrain, une situation dans ces conditions ne permette pas une crédibilité suffisante des observations», a souligné Mme de Keyser avant de poursuivre: «On ne traite pas des observateurs qu’on a invités de cette façon. Cela ne reflète pas le traditionnel sens de l’hôspitalité arabe.»

Le Président Omar el-Béchir a multiplié récemment les menaces d’expulsion à l’égard des observateurs. «Quiconque tente de nous insulter, nous lui couperons la langue», a-t-il dit cette semaine lors d’un discours public. Mme de Keyser s’est dite «très surprise et même blessée par les propos du président Béchir». La Fondation de l’ex-président américain Jimmy Carter, l’UE, l’Union africaine, la Ligue arabe et le Japon doivent tous – ou ont déjà – envoyé des observateurs mais c’est la mission de l’UE, avec ses 130 observateurs en tout, qui est la plus importante. Certains parlent déjà de se retirer, tous, les conditions de sécurité n’étant pas réunies. Et ils peineront à observer sérieusement ce qui se passe dans les 10’000 bureaux de vote que compte le Soudan.