Avec 62% des voix pour Russie unie, le leader du parti poutinien Boris Gryzlov a annoncé dès dimanche soir qu'il s'agissait d'une victoire et d'un «référendum en soutien de la politique de Vladimir Poutine». Reste que le chef de l'Etat lui-même avait laissé entendre durant la campagne qu'il souhaiterait bien obtenir pour son parti un score égal ou supérieur à celui qu'il avait obtenu lors de la dernière présidentielle: 71% des voix.

Participation: quasi-échec

Le Parti communiste, avec ses 11% d'électeurs, fait néanmoins mieux que dans les sondages, et fera office d'opposition au bulldozer pro-Kremlin. Les deux autres partis représentés, le LDPR ultranationaliste de Vladimir Jirinovski et le Parti Russie juste, «l'aile gauche» du Kremlin, soutiennent globalement les politiques du président.

Les autorités avaient mis l'emphase ces derniers jours sur le taux de participation, craignant une abstention massive après une campagne de matraquage publicitaire et médiatique en faveur de Russie unie. Avec environ 60% d'électeurs ayant voté, contre 56% lors des dernières élections législatives, les autorités ne peuvent pas revendiquer une victoire sur ce plan.

Dans le bureau de vote de la rue Kravtchenko, au sud de Moscou, c'était un peu la pagaille en ce dimanche après-midi. On va et vient entre les scrutateurs et les isoloirs, le bulletin de vote à la main, sans trop comprendre le sens du parcours. Certaines manœuvres sont étonnantes: l'isoloir n'est pas fermé par un rideau, et l'électeur porte ensuite le bulletin, sans le plier, jusqu'à l'urne dotée d'un lecteur optique qui engloutit les votes sous le regard du responsable, qui peut ainsi facilement voir la case cochée...

«Vous savez, ces élections sont de toute façon truquées», expliquent Galina et Ioulia, observatrices pour le compte d'une ONG indépendante. Etudiantes à la prestigieuse université MGU, elles ont assisté à un curieux manège ces derniers jours: «Un inconnu a fait le tour de la cité universitaire pour proposer aux étudiants de voter pour la liste de Poutine, contre 1000 roubles (ndlr: 45 francs).»

Kasparov à sa manière

Avant même la fermeture des bureaux de vote, les accusations de fraudes diverses ont été nombreuses. «Les élections les moins démocratiques de tous les temps», pour le leader communiste Guennadi Ziouganov, dont le parti a déjà promis de contester les résultats en justice, avec peu de chances de succès. «Le scrutin le plus malhonnête de l'histoire» pour Boris Nemtsov, dirigeant de l'opposition de droite. Garry Kasparov, lui, est allé voter mais a détruit son bulletin de vote devant les caméras en guise de protestation. Il promet de se rendre à la Commission électorale ce lundi soir pour manifester contre un scrutin jugé frauduleux, et pour déposer symboliquement une gerbe de fleurs annonçant «la mort de la démocratie en Russie».

Reste maintenant à voir comment le président Poutine va interpréter ces résultats. A trois mois de l'élection présidentielle où il ne peut pas, constitutionnellement, se représenter, le chef du Kremlin a laissé filtrer très peu d'informations sur ses intentions. La victoire de son parti hier lui donnerait, en théorie, la possibilité de revendiquer le poste de premier ministre, mais la fonction offre peu d'attraits au sein d'un système politique russe fortement présidentiel, et Vladimir Poutine a toujours soutenu jusqu'à maintenant qu'il ne souhaitait pas modifier la Constitution pour rééquilibrer les pouvoirs entre le président et le premier ministre.

Ces derniers jours, de nombreuses hypothèses circulaient sur l'avenir de Vladimir Poutine: président du Conseil national de sécurité dont les fonctions seraient élargies, voire président du géant gazier Gazprom... Certains caciques de Russie unie ont même évoqué récemment la création d'un poste de «Leader national», au cadre flou, pour permettre au président actuel de rester aux affaires...