Russie

Elections russes: l'opposition dénonce des fraudes

Les Russes votent dimanche pour une présidentielle qui devrait sacrer le triomphe de Vladimir Poutine, l'opposition dénonçant des fraudes pour légitimer un scrutin sans suspense par une forte mobilisation

Engagé dans un nouveau bras de fer avec les Occidentaux depuis l'empoisonnement de l'ex-espion Sergueï Skripal en Angleterre, Vladimir Poutine, 65 ans, devrait remporter haut la main un quatrième mandat courant jusqu'en 2024.

Mais faute de suspense et vu les appels au boycott de l'opposant Alexeï Navalny, le Kremlin a tout fait pour que la participation, seul véritable baromètre de ce scrutin, soit aussi forte que possible dimanche. Selon la Commission électorale, la participation globale s'établissait à 07H00 GMT à 16,55%, soit bien davantage que lors des élections précédentes à la même heure.

L'opposition russe et une ONG ont dénoncé plus d'un millier d'irrégularités lors de la présidentielle de dimanche en Russie, visant surtout à augmenter la participation pour le scrutin au terme duquel Vladimir Poutine devrait largement remporter un quatrième mandat.

L'ONG Golos, spécialisée dans la surveillance des élections et qui dresse une carte des fraudes sur son site internet, faisait état à 11h00 GMT de 1839 cas d'irrégularités tels que du bourrage d'urne, des cas de votes multiples ou des entraves au travail des observateurs.

Golos s'est inquiétée notamment d'informations faisant état de contraintes exercées par des employeurs ou universités forçant employés et étudiants à voter non pas à leur lieu de domicile mais sur leur lieu de travail ou d'étude, «où l'on peut contrôler leur participation au scrutin».

Electeurs véhiculés

L'agence publique TASS a pour sa part fait état de taux de participation dépassant les 60%, voire les 70%, dans les régions de l'Extrême-Orient russe, où le vote, pour lequel plus de 107 millions d'électeurs sont appelés aux urnes, s'est terminé plus tôt compte tenu du décalage horaire.

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Les autorités ont mené des campagnes massives d'information et d'incitation au vote, facilitant le vote hors du lieu de résidence mais aussi, selon des médias, en faisant pression sur les fonctionnaires ou les étudiants pour aller aux urnes.

Des militants de l'opposition ont fait par exemple état dimanche d'électeurs amenés en bus dans les bureaux de vote par la police ou de coupons de réductions distribués aux Russes se rendant aux urnes. 

Bourrage d'urne

Le principal opposant au Kremlin, Alexeï Navalny, a été exclu de la course après avoir été déclaré inéligible par la Commission électorale en raison d'une condamnation judiciaire pour détournement de fonds, qu'il dénonce comme orchestrée par le pouvoir.

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Jouissant d'une fidèle base de soutiens dans tout le pays, M. Navalny a appelé au boycott de l'élection et dépêché plus de 33'000 observateurs dans les bureaux de vote.

L'opposant a diffusé dès dimanche matin une vidéo qu'il a présentée comme montrant un bourrage d'urne dans un bureau de vote en Extrême-Orient, sur lequel la Commission électorale a promis d'enquêter. Les partisans de l'opposant ont pour leur part dénoncé des entraves au travail des observateurs.

«Un héro à mes yeux»

Loué par les uns pour avoir ramené la stabilité après les dures années 1990 et vilipendé par les autres pour un net recul des libertés, Vladimir Poutine est crédité d'environ 70% des intentions de vote dans les derniers sondages.

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«Après avoir ramené la Crimée (dans le giron russe), Poutine est devenu un héros à mes yeux. C'est la chose principale pour moi», explique à l'AFP Olga Matiounina, une économiste à la retraite de 65 ans après avoir déposé son bulletin dans l'urne.

«Les quatre dernières années, on a eu les sanctions (occidentales), mais nous avons aussi construit beaucoup, de nouvelles usines ont ouvert, l'inflation est faible», affirme-t-elle, tout en reconnaissant que la qualité de vie avait diminué sous le dernier mandat du président.

«Tout le monde sait qui sera élu. On en perd l'envie (d'aller voter) et on a le sentiment que rien ne dépend de nous», indique de son côté Boris, un cadre de 39 ans interrogé à Saint-Pétersbourg.

Espion empoisonné

Après avoir voté à Moscou, le président russe a assuré qu'il se satisferait de n'importe quel score du moment qu'il lui «donne le droit d'exercer la fonction de président».

Son principal adversaire, le candidat communiste Pavel Groudinine, est crédité de 7% des voix par l'institut public VTSIOM et le troisième, l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski, de 5%, devant la journaliste libérale Ksénia Sobtchak (1-2%), les quatre autres candidats se contentant de scores négligeables.

La dernière semaine de campagne a été marquée par un regain de tension entre Moscou et les Occidentaux en raison de l'empoisonnement en Angleterre de l'ex-agent double russe Sergueï Skripal et de sa fille.

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Moscou n'a pas attendu que la présidentielle soit passée pour annoncer samedi l'expulsion prochaine de 23 diplomates britanniques en rétorsion aux mesures de Londres.

Climat de Guerre froide

Cette affaire, sur laquelle M. Poutine est resté silencieux, a encore renforcé en fin de campagne le climat de quasi Guerre froide qui s'est installé pendant le dernier mandat de Vladimir Poutine, sur fond de soutien du Kremlin au régime syrien, de crise ukrainienne et d'accusations d'ingérence russe dans la présidentielle américaine.

Symboliquement, le scrutin de dimanche se tient quatre ans jour pour jour après la ratification du rattachement de la péninsule ukrainienne de Crimée à la Russie, décidé à l'issue d'un référendum jugé illégal par Kiev et les Occidentaux.

En représailles à la tenue de la présidentielle en Crimée, Kiev a décidé de bloquer le vote des électeurs russes résidant en Ukraine. Des dizaines de policiers, ainsi que des militants nationalistes, bloquaient ainsi l'accès aux consulats russes dans plusieurs grandes villes du pays dimanche

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