Deux employés de l'Agence anticorruption pris la main dans le sac, un Conseil municipal renvoyé dans sa totalité, les responsables des affaires de développement de la municipalité de Riga emprisonnés, autant d'affaires qui montrent à quel point la Lettonie se débat actuellement avec ses affaires de corruption.

«Toute cette mauvaise publicité est toutefois positive, dit un homme d'affaires suédois actif en Lettonie. Cela montre que le pays traite ces affaires avec sérieux.» Fin mars, le Conseil des ministres a donné son feu vert pour que l'ensemble du Conseil municipal de Kekava soit révoqué. De nombreux conseillers sont soupçonnés d'avoir vendu illégalement des centaines de terrains et de permis de construire.

«Corruption systématique»

Le Conseil municipal de Riga est également dans la tourmente avec certains enquêteurs qui parlent de «corruption systématique» à un certain niveau. «Les hommes d'affaires, malheureusement, savent qui approcher et les officiels ne sont pas surpris de recevoir des pots-de-vin», a déclaré à la radio lettone Juta Strike, directrice adjointe de la Knab, l'Agence anticorruption, l'administration la plus populaire du pays. L'arrestation de l'un d'entre eux par les hommes cagoulés de la Knab a fait la une des journaux il y a quelques semaines, avant que deux des hommes de la Knab ne soient à leur tour arrêtés à la mi-avril pour avoir volé de l'argent saisi.

Travail de longue haleine

Du coup, la polémique qui avait secoué le pays à l'automne 2007 a repris. Aleksejs Loskutovs, chef de la Knab, avait alors été suspendu puis limogé au prétexte d'irrégularités comptables dans les comptes de l'agence. Sous la pression de la rue et de l'opposition, il avait toutefois retrouvé son poste, tandis que le premier ministre, Aigars Kalvitis, avait perdu le sien. Aujourd'hui, ce dernier clame dans la presse qu'il avait raison et réclame la tête du procureur général, Janis Maizitis.

Dans ce pays où les salaires sont très bas, la lutte contre la corruption est un travail de longue haleine et tous les coups sont encore permis. «La politique est encore sous l'influence des oligarques, mais beaucoup moins qu'avant», avance Lato Lapsa, auteur de livres sur les deux oligarques les plus en vue du pays, Andris Skele, trois fois premier ministre depuis 1995, et Aivars Lembergs, maire de Ventspils, un port de transit pour les hydrocarbures russes.

«Nous avions du mal à obtenir des résultats avant car nous n'avions rien avec quoi menacer, explique Aleksejs Loskutovs, directeur de la Knab. Maintenant, il y a beaucoup plus de peines de prison. Et c'est plus facile de faire collaborer les gens.» «La Knab a montré qu'elle pouvait désormais s'attaquer à des responsables politiques», note Iveta Kazhota, du Centre de politique publique Providus, établi par la fondation Soros. Au second semestre 2007, la Knab a enquêté sur 346 cas de conflits d'intérêts concernant des fonctionnaires. Cinquante-deux d'entre eux ont eu des amendes, huit députés et cinq anciens députés ont été inquiétés.

L'arrestation d'Aivars Lembergs a été l'aspect le plus spectaculaire du travail de l'Agence anticorruption. «C'était très important car il semblait invincible», souligne Lolita Cigane, présidente de Delna, la branche lettone de Transparency International, qui note la Lettonie 4,7 sur 10. En progrès, mais la tâche se complique. La Knab constate que, si le niveau général de corruption a tendance à baisser, elle devient plus complexe et organisée.