C’est une vieille dame de 86 ans – mais qui ne les fait pas trop, hein, en immaculée on the river Thames, on peut le dire! – qui a été l’incontestable grande vedette du week-end, après avoir passé déjà quasi 70% de sa vie dans un rôle protocolaire qui lui sied fort bien: celui de Sa Majesté Elizabeth Regina, monarque assise sur le trône du Royaume-Uni depuis soixante ans.

Après la grande parade navale sur une Tamise plus mouillée que jamais ce dimanche, c’est donc aujourd’hui le troisième et avant-dernier jour des festivités du Jubilé de diamant de la reine d’Angleterre, avec un concert géant devant le palais de Buckingham, en présence notamment de l’ex-Beatle Paul McCartney et de la chanteuse pop Kylie Minogue (à partir de 18h30 GMT). La souveraine allumera à 21h30 un des 4000 fanaux qui doivent marquer dans tout le pays son accession au trône il y a soixante ans, tandis que des lanternes seront allumées à 22h locales dans chacun des Etats du Commonwealth.

Mais dans le fond, tout ce faste, tout ce déploiement monarchique suranné, tout cet amour que l’on dit porté par ses sujets à leur reine, tout cela ne serait-il pas qu’un vaste complot? Depuis longtemps déjà, en effet, comme l’explique Le Figaro, «la presse britannique soulève l’hypothèse selon laquelle le prince de Galles devrait céder la place à son fils William, dont la popularité est au plus haut depuis son mariage glamour en 2011». Charles, cet «éternel stagiaire, comme il est parfois surnommé», qui «voit son fils aîné lui faire de l’ombre».

Pour le Time, l’héritier numéro un paie maintenant la facture de son échec conjugal avec la princesse Diana, mère de ses deux fils dont le premier lui ressemble tant (ben quoi, sortez les mouchoirs!), lesquels font partie de la nouvelle génération, celle des jeunes adultes, qui précisément verraient bien l’ordre de succession sauter l’étape «prince de Galles». Quoi de plus normal que ce banal processus d’identification?

Vous continuez à lire cet article, membres du bon peuple aux yeux écarquillés devant tant de noblesse oblige? Eh bien vous avez tort, selon le Daily Mail. Car vous n’aurez rien à dire et personne, en réalité, ne sait de quoi il retournera après – dans l’ordre: une nouvelle causa horribilis? une abdication? un accident? l’incendie de Buckingham? la mort, enfin? c’est Sa Gracieuse, et elle seule, qui décidera. Mais tout le monde est d’accord, en tout cas, pour dire que cette rumeur idiote comme quoi la reine squizzerait volontairement Charles est pure invention de journalistes.

D’ailleurs, on s’en mêle même maintenant au 10 Downing Street, puisque le premier ministre, David Cameron, qui a bien d’autres chats à fouetter avec la situation économique du pays, a été obligé de dire que toutes ces billevesées sont «hors de propos», comme l’écrit BusinessWeek, après que ce dernier a participé à l’Andrew Marr Show, sur la BBC. Et de toute manière, a-t-il déclaré, vu sa forme, «vous pouvez être sûrs que la reine continuera à exercer son job stupéfiant («amazing», toujours difficile à traduire) aussi longtemps qu’elle le pourra». Actuellement, cette question est donc sans objet. Pour le reste, consultez la règle sur AllMediaNY: tout y est très bien expliqué, et vous saurez enfin que la souveraine ne faisant pas de politique, vous n’avez plus qu’à attendre le décret royal, sachant tout de même que si elle meurt au même âge que sa mère, rien ne se passera avant 2024.

Les indiscrétions du type «Well done, Ma’am. Now, what’s next?» sont donc à éviter car de très mauvais goût. Même si l’on sait que Charles, lui aussi, pourrait abdiquer avant même d’avoir jamais été roi. Ça, ce sont les Courier et Sunday Mail australiens qui le disent. Mais il y a encore une condition: que le parlement modifie la loi en ce sens. Westminster sera-t-il d’accord, grands dieux? Ou non? Le suspense est intolérable.