Hillary Clinton est trop proche de Wall Street, n’arrive pas à parler aux classes laborieuses et manque de punch pour contrer les attaques du républicain Donald Trump? Elle peinerait à réunifier le Parti démocrate si le «socialiste» Bernie Sanders est éliminé à l’issue des primaires? L’ex-secrétaire d’État pourrait supprimer une partie de ses handicaps en choisissant Elizabeth Warren comme candidate à la vice-présidence.

Ces derniers jours, la sénatrice du Massachusetts a fait parler d’elle, montrant qu’elle avait du mordant et que les diatribes du milliardaire new-yorkais, qui va sans doute décrocher l’investiture républicaine, ne l’impressionnaient pas. Dans un échange virulent sur Twitter, elle a donné systématiquement la réplique, qualifiant Donald Trump de «sexiste, raciste et xénophobe». Elle a même osé l’affubler d’un terme honni par le magnat de l’immobilier: «loser».

Jusqu’ici, cette démocrate de 66 ans, élue au Sénat en 2012, a bien caché son jeu. Dans le cadre des primaires, cette ex-professeure de droit d’Harvard a refusé d’apporter son soutien à l’un ou l’autre candidat. Elle est cependant sur la même ligne que Bernie Sanders quand il est question de fustiger Wall Street. Lors d’auditions au Congrès, elle a violemment critiqué la responsabilité des banques dans la crise financière de 2008-2009. Sa présence sur le ticket démocrate permettrait de faire oublier en partie les discours grassement payés tenus par Hillary Clinton à Goldman Sachs, lesquels indispose l’aile gauche du parti. Elle dénonce aussi les traités de libre-échange, quitte à fâcher Barack Obama. Sur sa page Facebook, Elizabeth Warren ne laisse planer aucun doute: «Je vais me battre corps et âme pour m’assurer que le mélange toxique de haine et d’insécurité concocté par Donald Trump n’atteigne jamais la Maison-Blanche.»

Un pari audacieux

Le choix de cette politicienne du Massachusetts comme candidate à la vice-présidence constituerait un pari audacieux: celui d’un ticket entièrement féminin dans un pays qui n’a encore jamais élu de femme à la Maison-Blanche. Il le serait d’autant plus que Donald Trump s’est aliéné une partie de l’électorat féminin par des propos souvent misogynes. Chef de la campagne d’Hillary Clinton, John Podesta le souligne. Dans la liste des quelque vingt personnes pressenties pour le poste de «VP», «cela ne fait pas de doute, il y aura une femme.»

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Héraut de la gauche du parti, la sénatrice représenterait un autre avantage de taille pour l’ex-secrétaire d’État: elle lui permettrait de rallier l’électorat de Bernie Sanders qui est loin d’être enthousiaste à l’idée de voter pour Hillary Clinton et de rassembler le parti derrière son candidat. Pugnace, Elizabeth Warren pourrait agir en «chien d’attaque» face à un Donald Trump dont les outrages risquent de ne connaître aucune limite face à l’ex-First Lady.

Née dans une famille modeste de l’Oklahoma, Elizabeth Warren n’a pas entonné le credo d’un populisme économique par hasard. Or cet atout pourrait s’avérer utile face au milliardaire new-yorkais qui réussit à convaincre les classes laborieuses blanches de voter pour lui. La sénatrice démocrate sait s’adresser à un tel électorat en difficulté dans le contexte d’économies globalisées. Elle en a fait son fonds de commerce. Elle est capable, relève Dana Milbank du Washington Post, de combler le «manque d’empathie» d’Hillary Clinton avec ces électeurs sans toutefois insulter, à l’image de Trump, la Chine et le Mexique qui «détruisent» des emplois aux Etats-Unis.

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Quelques obstacles de taille rendent toutefois le choix d’Elizabeth Warren difficile. Face à une politicienne plus charismatique, Hillary Clinton pourrait se retrouver dans l’ombre de sa vice-présidente. Le choix pourrait ainsi se porter sur une femme au profil moins acéré comme la sénatrice du Minnesota aux origines suisses Amy Klobuchar. Un ticket 100% féminin est aussi un pari risqué. Hillary Clinton n’est pas connue pour ses prises de risque. Elizabeth Warren elle-même mise peut-être sur un autre destin. Elle pourrait devenir la figure de proue d’un Sénat reconquis cet automne par les démocrates. Une enceinte où elle aurait beaucoup plus d’influence qu’au poste de vice-présidente des Etats-Unis.