Tourner la page d'un pays à feu et à sang. Définitivement. A Genève, Ellen Johnson Sirleaf, la présidente du Liberia est venue parler mercredi des progrès accomplis pour une paix durable, dans un pays traumatisé par les exactions des seigneurs de guerre, dont Charles Taylor, aujourd'hui détenu à La Haye. «Le Liberia ne connaîtra plus de conflits armés, je vous le certifie, a déclaré hier la «Dame de fer» africaine au Palais des Nations. Je suis ici pour expliquer comment se passe la transition définitive vers la paix et le développement.» La présidente réputée intransigeante était à Genève dans le cadre de la conférence annuelle de l'Organisation internationale du travail (OIT).

Sept mois après son élection du mois de novembre dernier à la tête du Liberia, l'ex-économiste formée à Harvard et passée par la Banque mondiale voyageait en Europe pour évoquer la situation de son pays, en pleine reconstruction. Le but de cette tournée européenne? Demander le soutien des pays occidentaux et mobiliser des ressources pour mener à bien des réformes colossales. Après près de quatorze années de guerre civile entre 1990 et 2003, le Liberia est aujourd'hui un pays exsangue, totalement ruiné par des conflits endémiques et rongé par la corruption.

Un taux de chômage abyssal

Parmi les nombreux défis que la première présidente du continent africain doit relever, il y a celui du chômage: 85% de la population active libérienne est aujourd'hui sans emploi. Face à une telle situation, Ellen Johnson Sirleaf a tiré la sonnette d'alarme à l'OIT. Elle compte sur l'organisation pour assurer l'assistance technique utile à la mise en place des réformes et amorcer financièrement le programme en faveur de l'emploi.

Avec une dette extérieure de 3,5milliards de dollars, le Liberia espère aussi des mesures d'allégement, dans le but de réduire la pauvreté d'ici à la fin de l'année. «Nous souhaitons également profiter de nos ressources naturelles pour la reconstruction, a poursuivi la présidente. Pour cela, nous nous efforçons de répondre aux conditions pour une levée des sanctions sur le commerce des diamants et du bois. L'embargo sur ces richesses a été imposé quand le Liberia était en guerre. Aujourd'hui il ne l'est plus, ces sanctions doivent donc être annulées.»

A la tête d'un pays aujourd'hui en paix, engagé sur la voie du changement démocratique et de la bonne gouvernance, la présidente souhaite rendre le Liberia à nouveau recommandable sur la scène internationale. «Pour redonner confiance aux investisseurs privés, la clé du redressement libérien, martèle Ellen Johnson Sirleaf. Le Liberia doit devenir un Etat sécurisé, définitivement.»

C'est dans cette optique que le nouveau gouvernement a demandé une levée de l'embargo sur les armes. Et les Etats-Unis ont répondu favorablement. Washington s'apprête à déposer un projet de résolution devant le Conseil de sécurité de l'ONU dans ce sens. Et pour insister sur les vues pacifiques de son pays, la présidente de rappeler: «Il s'agit d'une demande limitée et contrôlée, qui vise à équiper les forces de sécurité. Nous sommes en train de reconstituer et de professionnaliser l'armée. Il faut opposer des forces crédibles à la délinquance.»

Le «warlord» devant la justice

Sur le chemin de la reconstruction, le Liberia doit aussi faire face à son passé sanglant. Charles Taylor, le seigneur de guerre à la tête de l'Etat, déchu en 2003, a été arrêté en mars dernier après plus de deux ans d'exil doré au Nigeria. Il a été extradé vers la Cour spéciale pour la Sierra Leone, où il est inculpé comme l'un des principaux responsables des guerres civiles qui ont ravagé la région. «Charles Taylor a 3 millions de morts sur la conscience, a conclu la nouvelle présidente. Il est aux mains de la justice internationale, la meilleure chose possible.»