Pendant que les Américains s’affairent à préparer leurs citrouilles et squelettes en plastique pour fêter Halloween, le patron du FBI doit faire face à de nouvelles attaques. Et pas des moindres. Le FBI a obtenu dimanche soir un mandat qui l’autorise à réexaminer les e-mails privés de Hillary Clinton, alors qu’elle était secrétaire d’Etat. Cette intervention de James Comey, annoncée vendredi alors que l’affaire avait été classée, provoque des interrogations. Elle ressemble à de l’acharnement. Pourquoi chercher à vérifier ou contredire les résultats de la précédente enquête du FBI? Cherche-t-il à torpiller les chances de la candidate démocrate à une semaine de l'élection présidentielle?

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Le premier à tirer à boulets rouges sur James Comey est Harry Reid, chef de file des démocrates au Sénat. Il accuse carrément, dans un courrier, le patron du FBI d’avoir violé le «Hatch Act», qui interdit d’utiliser une fonction publique gouvernementale pour influencer une élection. Car c’est bien de cela dont on l'accuse, en raison du calendrier choisi pour demander la réouverture de l’enquête.

«Vous avez violé la loi»

Harry Reid est très clair: «Vous avez violé la loi», écrit le sénateur du Nevada à James Comey. Sa lettre a été rendue publique dans plusieurs journaux américains. Il l’accuse d’approche partiale, et de retenir des informations «explosives» que le FBI posséderait sur les relations de Donald Trump avec des proches du pouvoir russe.

Le président de l’équipe de campagne de Hillary Clinton, John Podesta, a tenu des propos similaires, en accusant James Comey d’être passé «outre le conseil des hauts responsables du Ministère de la justice», ministère dont dépend le FBI. James Comey avait préféré annoncer la nouvelle extension de l’enquête dans un courrier adressé à des élus du Congrès.

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Mais une autre personnalité vient d'entrer dans la danse des critiques du Bureau et de son chef: Eric Holder, procureur général des Etats-Unis entre 2009 et 2015. Lui aussi s'est fendu d'une lettre ouverte, rendue publique dimanche soir, dans la laquelle, il critique, avec d'autres anciens procureurs et ex-hauts fonctionnaires du Département de la justice, l'attitude, jugée partisane, de James Comey. Il a aussi publié une opinion dans le «Washington Post».

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«Beaucoup d'entre nous avons travaillé avec le directeur Comey; nous le respectons tous. Mais cette décision sans précédent de publiquement prendre position sur une telle affaire onze jours avant une élection présidentielle nous laisse tous à la fois surpris et perplexes», peut-on lire dans la lettre. Jamais un responsable du FBI n'avait agi de cette manière lors de précédentes élections. 

James Comey n'a pas respecté les règles du Département de la justice qui veut que les officiels renoncent à commenter publiquement des affaires en cours sauf circonstances exceptionnelles, d'autant plus si cela est susceptible d'influencer les résultats d'une élection, sans que les résultats de l'investigation ne soient connus, insiste Eric Holder. C'est lui-même qui a mis en place cette réglementation il y a quatre ans sur les bonnes manières de mener des investigations en période électorale.

Une grave erreur, selon Eric Holder

«Le directeur Comey a cassé ces principes fondamentaux, écrit Eric Holder. Je crains qu'il n'ait de manière non intentionnelle et négativement affecté la confiance du public à la fois envers le Département de la justice et le FBI.»

L'ex-procureur juge la décision de James Comey d'autant plus grave que lui-même a concédé qu'il n'y avait pour l'heure aucune indication que les nouveaux e-mails puissent avoir la moindre signification. Pour Eric Holder, ce qu'il a fait est faux, alimentant toutes sortes de spéculations malsaines, et le mal est fait: «Il a commis une grave erreur, avec des répercussions potentiellement graves.» La lettre ouverte a été signée par près de 100 anciens fonctionnaires du Département de la justice. Du jamais-vu.

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Un atout pour Donald Trump

Les motivations de James Comey de rouvrir l’enquête sur l'affaire des e-mails passent par Huma Abedin, proche collaboratrice de Hillary Clinton. Des milliers d’e-mails de Hillary Clinton ont été retrouvés récemment sur un ordinateur d’Anthony Weiner, mari dont elle est séparée depuis peu en raison de ses frasques sexuelles.

Donald Trump tire logiquement profit de cette nouvelle polémique, où Hillary Clinton est accusée d’avoir fait preuve de négligence en traitant d’affaires potentiellement secrètes via une messagerie non sécurisée. La directrice de campagne du candidat républicain, Kellyanne Conway, vole au secours du patron du FBI. S’il n’avait pas décidé de rouvrir l’enquête, il aurait aussi pu être accusé d’interférence dans l’élection en tentant de cacher une affaire qui pourrait potentiellement s'avérer grave, insiste-t-elle.

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