Lu ailleurs

Dans ses emails privés piratés, Colin Powell n'a que mépris pour Trump comme pour Clinton

Trump est une «disgrâce nationale et un paria international», et Clinton est «cupide et arrogante»; l'ancien secrétaire d'Etat sous George W. Bush n'y va pas de main morte dans ses courriels, qui ont été hackés. Ambiance... et Moscou, peut-être tapi dans l'ombre

DCLeaks a encore frappé. Ce site apparu en mai avait déjà eu la peau de la présidente des démocrates, après avoir publié 20 000 emails internes au parti dont il ressortait clairement que l'outsider Bernie Sanders n'avait de loin pas été traité de la même façon que la candidate naturelle Hillary Clinton. Il avait ensuite récidivé avec les courriels de l'ancien commandant de l'OTAN en Europe le général Breedlove, les documents de la Fondation Soros... Cette fois encore la pêche est bonne: un ensemble de 30 000 mails écrits et reçus entre juin 2014 et août 2016 par Colin Powell, général 4 étoiles à la retraite, secrétaire d'Etat sous George W. Bush entre 2001 et 2006.

Une petite bombe médiatique, alors que les candidats sont à coude à coude dans les sondages; car le militaire plutôt prudent en public se lâche dans sa correspondance, et tout le monde en prend pour son grade. Voici les «bonnes feuilles» de ces messages électroniques tels que publiés par les médias américains, et dont l'authenticité a été confirmée par une assistante de Colin Powell.

Donald Trump, «une disgrâce nationale, un paria international»

C'est ce qu'il écrit à une journaliste de CNN. Colin Powell est furieux de la bataille du milliardaire conservateur (le mouvement «birther») pour obtenir la publication du certificat de naissance de Barack Obama, une bagarre qui a ouvert la voie à une parole raciste et décomplexée selon lui, et que jamais il ne pourra faire oublier. «Il plaît aux pires anges du GOP et aux pauvres blancs» écrit-il dans un autre mail. «Il pense une fois élu qu'il serait réélu avec 95% des Noirs? C'est de la schizo.»

«Je préfèrerais ne pas devoir voter pour Hillary Clinton»

Alors qu'en 2008 puis 2012 le militaire avait appelé à voter Obama, montrant par là que son allégeance aux républicains n'était pas inconditionnelle, il écrit dans un mail de 2014 que même s'il a «du respect» pour elle, il préfèrerait «ne pas devoir voter pour Hillary Clinton, avec son ambition sans limites, cupide et incapable de changer». Au passage il égratigne son mari, et cite le New York Post - un journal populaire qui fait ses délices d'informations people et spectaculaires, et qui n'a rien à voir avec le New York Times, faut-il le rappeler.

La commission d'enquête sur Benghazi, une «stupide chasse aux sorcières»

Pour le militaire, les Républicains n'auraient pas dû ainsi pourchasser Hillary Clinton, secrétaire d'Etat en lui imputant la responsabilité du meurtre de l'ambassadeur américain en Libye. La faute est à la base celle de l'ambassadeur lui-même, «un courageux ambassadeur qui pensait: les Libyens m'aiment maintenant, et je ne crains rien dans cet endroit très risqué». La faute revient aussi «aux services, à d'autres officiels - et à Hillary Clinton, oui».

L'affaire des mails d'Hillary Clinton, «stupide»

Elle aurait dû dès le début faire toute la vérité sur son serveur privé non sécurisé et on n'en serait pas là aujourd'hui, estime le général. Qui n'a pas apprécié du tout que son équipe, sa «mafia» écrit-il, ait tenté de le mouiller dans cette histoire.

Et encore: la haine Clinton-Obama, l'argent...

Les mails de Colin Powell révèlent aussi que les Clinton n'ont jamais pardonné à Barack Obama d'avoir gagné l'investiture contre Hillary en 2008; «elle hait "cet homme" comme ils l'appellent»; le président lui-même «ne pleurerait probablement pas beaucoup» si Hillary Clinton était sérieusement ennuyée par la justice. Ambiance chez les démocrates...

On lit aussi dans les mails qui ont fuité qu'en 2015 déjà, Colin Powell trouvait qu'elle travaillait trop - «à en mourir» dit-il. Il l'égratigne une fois aussi au sujet d'une conférence qu'il devait donner dans une grande université et qui a finalement été annulée car tout l'argent avait été dépensé pour Hillary Clinton - «Je devrais lui envoyer ma facture», plaisante-t-il. On y découvre enfin le peu d'estime que Powell a pour son ancien compagnon de gouvernement Dick Cheney.

Ces échanges de mails montrent aussi une proximité forte entre médias et hommes politiques: Colin Powell écrit et répond à de très nombreux journalistes. Sollicité en décembre 2015 pour répondre à des propos de Trump sur les attentats de Paris, il refuse une invitation de CNN, demandant aux médias de ne pas entrer dans son jeu et de l'ignorer.

Une certitude en tout cas: et Trump, et Clinton apparaissent bien comme des candidats extrêmement impopulaires.

A qui profite le crime?

Si les emails ont été authentifiés et vont provoquer leur lot d'exclamations sincères ou teintées de «schadenfreude», leur origine reste douteuse. Mais clairement, si Donald Trump est touché, Hillary Clinton l'est davantage. Faut-il voir la main des Russes dans ces étalages de méchancetés ou de vérités pas bonnes à dire? La russophilie assumée de Donald Trump est-elle en cause? En août, la compagnie de sécurité informatique ThreatConnect a annoncé avoir établi l'influence russe sur le site DCLeaks via le hacker Guccifer2.0. Une adresse guccifer20@aol.fr est également en jeu, et une adresse IP identifiée en France. «Tout est possible», avait dit Barack Obama, interrogé sur la question d’une possible responsabilité de la Russie dans la vaste fuite d’emails provenant du parti démocrate lui-même, en juillet.

Bulletin de santé contre bulletin de santé, sondage contre sondage, email contre email: tous les coups sont permis, à huit semaines seulement de l'élection présidentielle.


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