A quatre mois de la présidentielle, le gouvernement français dit qu'il gouverne sans penser aux échéances électorales. On n'est pas obligé de le croire. Il impose un programme sévère aux députés pour faire voter des lois dont il pourra se prévaloir au moment du bilan final: loi sur la sécurité, financement des 35 heures, loi sur la Corse, loi de modernisation sociale qui rend plus difficiles les licenciements économiques… Il se montre prêt à revoir la loi sur la présomption d'innocence qui a provoqué la colère des policiers et des gendarmes. Les ministres déploient une énergie impressionnante pour éteindre le feu des conflits sociaux qui se succèdent: infirmières, policiers, gendarmes, internes des hôpitaux… Jusqu'ici, l'embrasement général a été évité, au prix de concessions parfois coûteuses. Et ce n'est pas fini: les avocats sont en grève pour revaloriser le paiement de l'aide judiciaire, les employés de banque menacent de cesser le travail le jour de l'arrivée de l'euro, les enseignants promettent de manifester…

Mais les ministres sortent de leur chapeau un milliard ici, un milliard là. Sans dépenser plus! Le mot clé: on redéploie, on déplace les lignes budgétaires comme on déplace les soldats sur le champ de bataille. Ce qui ne plaît pas toujours. Au Conseil constitutionnel, par exemple, qui oblige le gouvernement à revoir sa copie sur le financement des 35 heures. Et le gouvernement dit: ce n'est rien, on revoit la copie. Le propos est assez clair: quand il y a du travail, on bosse; quand il y a un conflit, on négocie; quand on négocie, on arrive à un compromis; quand il y a un problème de société, on fait voter une loi… Travail, écoute, réactivité. Et rendez-vous en avril prochain.

Jonglerie, ou stratégie?