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Emma Gonzalez à Fort Lauderdale, 17 février 2018.
© Jonathan Drake

floride

Emma Gonzalez, nouveau visage de la lutte anti-armes aux Etats-Unis

Rescapée de la fusillade de Parkland, Emma Gonzalez dénonce les liens entre les élus du Congrès et la NRA, le puissant lobby pro-armes. Avec force et détermination

Elle a 18 ans, à peine deux millimètres de cheveux sur la tête, une colère non contenue et surtout une détermination sans limites. Rescapée de la fusillade qui a fait 17 morts dans le lycée de Parkland, en Floride, Emma Gonzalez est devenue la nouvelle pasionaria de la lutte contre les armes à feu. Son discours de samedi, à Fort Lauderdale, retransmis en direct sur les principales chaînes de télévision, a marqué. Elle y a dénoncé, avec poigne, rage et détermination, les liens entre le président Trump, les élus du Congrès et la National Rifle Association (NRA), puissant lobby pro-armes.

Notre éditorial: Armes aux Etats-Unis: une blessure profonde, une coupable hypocrisie

Une marche à Washington fin mars

Son visage, on risque bien de l’apercevoir encore souvent. Mercredi, Emma Gonzalez participera, avec d’autres survivants, à un débat sur CNN. Elle sera confrontée à des politiciens, parmi lesquels le sénateur républicain Marco Rubio, dont la campagne a été alimentée à coups de millions par la NRA. Ce même jour, Donald Trump recevra des rescapés. En fera-t-elle partie? La Maison-Blanche se garde pour l’heure de donner des précisions. Quoi qu’il en soit, Emma Gonzalez prendra part le 24 mars à la manifestation Marche pour nos vies, organisée par des élèves de son lycée, à Washington.

«Si le président me dit en face que c’était une terrible tragédie et qu’on ne peut rien y faire, je lui demanderai combien il a touché de la NRA. Moi, je le sais: 30 millions de dollars. Divisé par le nombre de victimes par balles aux Etats-Unis rien qu’en 2018, cela fait 5800 dollars par mort. C’est ce que valent ces gens pour vous, Monsieur Trump?» Accrochée à son micro, la rescapée a poursuivi, samedi, avec des larmes de colère et d’émotion: «A tous les hommes politiques ayant reçu des dons de la NRA, honte à vous!»

Et de haranguer la foule: «Ils disent qu’une législation plus stricte sur les armes ne fera pas baisser la violence. Nous répondons: connerie [BS, pour bullshit, dans la version originale, ndlr]! Ils disent qu’un gentil avec une arme peut arrêter un méchant avec une arme. Nous répondons: connerie! […] Ils disent qu’aucune loi n’aurait pu empêcher ces centaines de tragédies insensées. Nous répondons: connerie! Ils disent que nous, les écoliers, nous ne savons pas de quoi nous parlons, que nous sommes trop jeunes pour comprendre comment le gouvernement fonctionne. Nous répondons: connerie!»

15 600 morts en 2017

Elle a tenu pendant onze minutes. Cinq de plus que la durée du carnage dans son école. La fusillade de Parkland est la 291e dans un établissement scolaire américain depuis 2013, la 18e déjà en 2018. Elle survient quelques mois seulement après la plus meurtrière, qui a fait 58 morts à Las Vegas, pendant un festival de musique country. C’était en octobre 2017.

Emma Gonzalez a entendu le meurtrier Nikolas Cruz, un étudiant renvoyé du lycée, tirer sur ses camarades pendant qu’elle était cachée dans l’amphithéâtre. Elle n’en peut plus de l’inaction du Congrès. Selon Gun Violence Archive, 15 600 personnes ont été tuées par une arme à feu en 2017 aux Etats-Unis, un chiffre qui ne comprend pas les suicides. La colère de la jeune fille n’a fait que monter d’un cran après la brève allocution, jeudi, de Donald Trump. Pas une seule fois le président n’a prononcé les mots «arme à feu».

Donald Trump a préféré insister sur les problèmes psychologiques du tueur puis, plus tard, a dénoncé le manque de vigilance du FBI, qui admet aujourd’hui une «grave défaillance». Le FBI avait reçu un appel d’un proche de Nikolas Cruz le 5 janvier, qui avertissait qu’il avait l’intention de tuer des personnes. Sa mère adoptive a dû faire venir à plusieurs reprises les forces de l’ordre pour maîtriser ses comportements violents et autodestructeurs. Malgré ces signalements inquiétants, l’écolier a pu acheter son semi-automatique en toute légalité, l’an dernier. A 19 ans, un âge où les Américains n’ont pas le droit d’acheter des bières.

Empêtré dans l’affaire russe, Donald Trump n’a pas hésité à twitter samedi que le FBI n’a pas su empêcher la fusillade «parce qu’il était trop occupé à tenter de prouver l’existence d’une collusion entre la Russie et l’équipe de campagne de Trump pour la présidentielle de 2016». Lundi, il a fini par préciser qu’il était favorable à un renforcement du contrôle des antécédents criminels et psychologiques lors de l’achat d’une arme à feu.

Un nouvel activisme

Aux Etats-Unis, le droit de posséder une arme est garanti par le deuxième amendement de la Constitution. Des Américains réagissent à ce type de fusillade en achetant des armes pour se protéger. Face à la passivité du Congrès, l’espoir d’un changement ne peut venir que de la société civile. A travers Emma Gonzalez, c’est désormais toute une jeunesse qui se mobilise. D’autres écoliers multiplient les apparitions dans les médias. C’est le cas, par exemple, de Cameron Kasky, un des fondateurs de la Marche pour nos vies.

C’est la première fois que des rescapés d’une fusillade – plus âgés, il est vrai, que lors des précédents drames – donnent autant de la voix. Et que les médias en font écho. Mais il est trop tôt pour y voir un tournant. Le port d’armes reste profondément ancré dans la psyché américaine. Les nombreux drames n’ont pour l’instant pas fait bouger le Congrès. A cela s’ajoutent les élections de mi-mandat en novembre, qui ne sont pas de nature à rendre les politiciens particulièrement courageux. Mais, déterminés, les écoliers ne lâcheront pas la pression. Leur activisme est déjà très fertile sur Internet.

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