Réformes

Emmanuel Macron et Angela Merkel annoncent «une nouvelle étape» pour l'Europe

Angela Merkel et Emmanuel Macron vont proposer fin juin à leurs partenaires européens des avancées substantielles sur la zone euro et la politique d’asile. Il était devenu urgent d’agir

Paris et Berlin ont présenté mardi à Meseberg, près de Berlin, un catalogue de réformes substantielles, tant pour la zone euro que sur le dossier délicat des migrations. Angela Merkel et Emmanuel Macron se sont retrouvés dans le cadre d’un conseil des ministres conjoint, en vue de préparer le sommet de l’Union européenne de fin juin.

L’exercice n’a en soi rien d’inhabituel. Il se déroulait cette fois dans un contexte de tensions extrêmes sur le front de l’asile et d’une grave crise politique en Allemagne à ce sujet. Angela Merkel, contrainte d’obtenir une avancée sur ce dossier devenu prioritaire pour elle, avait pour cela besoin du soutien de la France. Le contexte était donc favorable à un accord sur le sujet qui intéresse avant tout le président français: la réforme de la zone euro.

Filet de sécurité en cas de faillite bancaire

«Nous démarrons une seconde étape de la zone euro, a souligné le président français, visiblement satisfait, lors d’une conférence de presse commune. Jusqu’à présent, nous n’avions réussi à faire de l’euro ni une véritable alternative au dollar, ni une zone où les critères de convergence sont suffisants pour éviter les crises.»

Paris et Berlin proposeront donc à leurs partenaires de la zone euro l’établissement à compter de 2021 d’un budget alimenté par les contributions des Etats membres, l’affectation d’une partie de l’impôt sur les sociétés et une future taxe sur les groupes numériques pour un budget d’un montant non défini (Paris souhaitait «quelques centaines de millions d’euros»; Angela Merkel a parlé de «quelques dizaines de millions d’euros»), qui servira à investir dans les pays en difficulté de la zone pour y relancer la croissance.

La chancelière allemande et le président français sont restés vagues sur les détails de ce futur budget, «pour renforcer les chances de parvenir à un accord avec nos partenaires». Le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel sont également convenus de la mise en place à ce même horizon d’un filet de sécurité («backstop») qui pourrait être activé en dernier ressort en cas de faillite bancaire si la contribution des créanciers privés ne suffit pas, ce dispositif devant être rattaché au Mécanisme européen de stabilité.

Les effectifs de Frontex devraient passer à 10 000 hommes

Sur les questions migratoires, Paris et Berlin sont décidés à «répondre de façon coordonnée au défi migratoire». «Dans les prochains jours, nous travaillerons dans trois directions», a souligné le président français: des négociations bilatérales avec l’Italie, la Grèce et la Libye, pour réduire le nombre des arrivées. Second axe: travailler au renforcement des compétences de l’agence de surveillance des frontières Frontex, «dont les effectifs devraient passer à 10 000 hommes», selon Emmanuel Macron. Frontex pourrait même à terme être chargée de traiter directement et rapidement les demandes d’asile aux frontières de l’Union, et faciliter le retour des déboutés dans leur pays.

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Enfin, le troisième axe doit être une révision rapide des Accords de Dublin, pour une meilleure répartition des arrivées entre les pays membres. Sur ce point, Angela Merkel, sous pression sur le plan intérieur, a pour la première fois évoqué la possibilité de «parvenir à un accord entre un petit nombre d’Etats désireux d’aller dans le même sens», pour contourner les réticences des pays de l’Europe centrale. En clair, Angela Merkel, à qui son ministre de l’Intérieur a adressé lundi un ultimatum de deux semaines pour trouver une solution européenne à la crise, n’exclut plus une Europe à deux vitesses sur les questions migratoires.

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Les limites d'un style

«Angela Merkel et Emmanuel Macron avaient intérêt à trouver un compromis sur la lancinante question des réformes de l’Union européenne, estime le politologue de l’Université libre de Berlin Gero Neugebauer. Elle avait intérêt à trouver un accord type «j’accepte ta politique économique, et tu m’aides sur les questions migratoires». Quant à lui, il préfère certainement avoir Merkel comme partenaire plutôt que les extrémistes de la CSU bavaroise que sont Markus Söder (le président de la Bavière) et Alexander Dobrindt (chef du groupe parlementaire CSU), qui veulent faire tomber Merkel pour imposer une réforme de l’asile politique. Angela Merkel ne pouvait plus faire traîner les choses. Elle était dans l’obligation d’agir.»

L’épisode des interminables négociations entre Paris et Berlin pour faire avancer le dossier européen montre en tout cas les limites du pouvoir d’Angela Merkel, très affaiblie sur le plan intérieur. De fait, le «style Merkel» – «négociations sur le long terme, recherche de compromis, puis imposition du compromis à un partenaire épuisé», comme le décrit un diplomate en poste à Berlin – semble atteindre ses limites, dans une ambiance de fin de règne. L’échec de la tentative de former une coalition «Jamaïque», avec les libéraux du FDP en début d’année, avait déjà déstabilisé Angela Merkel. La crise migratoire provoquée par la CSU en vue des élections régionales de l’automne à Munich a un peu plus érodé son pouvoir.


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