France

Emmanuel Macron, cap sur 2022

A quelques semaines de l’an 1 de la mobilisation des «gilets jaunes», le chef de l’Etat français veut «donner du temps» pour rallier l’opinion à ses réformes. Mais derrière les «grands débats» à répétition se dessine surtout, à mi-mandat, sa stratégie électorale pour 2022

Une bonne idée est faite pour être utilisée. Lorsque Emmanuel Macron s’avance, le 23 octobre, devant l’auditoire pour parler des retraites à Rodez, son entourage distille les habituels «éléments de langage». Le ton est sérieux, compte tenu de l’attentat survenu le matin même à la préfecture de police de Paris. Mais ce qu’entendent les journalistes ressemble à un mode d’emploi de la nouvelle méthode Macron. «Il ne s’agit pas d’abandonner les réformes. Il s’agit de redonner de la marge de manœuvre aux partenaires sociaux et aux citoyens», explique une conseillère à l’Elysée. Changement de style radical, à l’approche du premier anniversaire de la mobilisation initiale des «gilets jaunes» le 17 novembre 2018: le président, pressé de bousculer la machine administrative et ses concitoyens, se réinvente en «coach» d’un grand débat permanent.

Une méthode? «Non, la preuve qu’Emmanuel Macron a retenu la leçon de cette année, explique le sénateur André Gattolin, ancien élu vert rallié à la majorité présidentielle. Son objectif reste le même: engager des réformes de structure, comme celles des retraites ou de l’assurance chômage, dont les systèmes actuels sont intenables à terme, et s’attaquer aux questions de société, car la population change. Or, pour les unes comme pour les autres, il a besoin du plus grand nombre.» Et le parlementaire d’égrener les réformes qui ne sont pas abandonnées. «Les marqueurs de gauche, comme le projet de loi sur la bioéthique et l’extension de la procréation médicalement assistée à toutes les femmes, ne sont pas oubliés. Quant aux retraites, l’idée de départ d’un système unique par points n’était peut-être pas la bonne. Consulter, c’est comprendre que les personnels des hôpitaux, les policiers, les militaires, les pompiers ont des situations spécifiques.»