Analyse

Emmanuel Macron, pas encore chef de l’Etat, mais déjà «président»

Aux côtés de François Hollande pour la commémoration du 8 mai, le nouveau président élu entend tout faire pour ne pas être prisonnier de son jeune âge. Objectif: solennité et gravité maximale jusqu’à son investiture, dimanche 14 mai

Une main amicale posée sur la nuque de son prédécesseur, avant que ce dernier ne quitte les Champs-Elysées. Ce lundi matin, François Hollande a confirmé, par ce geste discret mais affectueux, le lien particulier qui le lie à son successeur. Quelques minutes plus tôt, Emmanuel Macron et le chef de l’Etat français avaient, ensemble, rallumé la flamme sur la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de Triomphe, pour commémorer comme chaque année la victoire alliée du 8 mai 1945. Un geste solennel, effectué devant les représentants des forces armées et des grands corps de l’Etat. Mais aussi devant un autre spectateur de marque: l’ancien président Nicolas Sarkozy, avec lequel le président élu a échangé une longue poignée de mains ponctuée d’un aparté de plusieurs minutes.

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Deux présidents pour une cérémonie

Pour Emmanuel Macron, cette entrée en matière officielle ne devrait pas être suivie, cette semaine, d’autres apparitions protocolaires. Jusqu’à dimanche, jour de son entrée officielle en fonction à l’Elysée, le nouveau président s’occupera de mettre sur pied, dans les derniers jours de discrétion qui lui restent, sa future équipe. Le résultat définitif du scrutin, qui sera officialisé mercredi par le Conseil constitutionnel, accorde 66,1% à Emmanuel Macron et 33,9% à Marine Le Pen. L’abstention s’est élevée à 25,44% des inscrits sur les listes électorales, en hausse par rapport au premier tour (22,23%). Le pourcentage des bulletins blancs, 8,51%, et nuls 2,96%, soit un total de 11,47% des votants et plus de 4 millions d’électeurs, est le plus élevé enregistré lors des scrutins présidentiels depuis le début de la Ve République.

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Trois noms évoqués pour Matignon

Le premier objectif du président élu est l’annonce de son futur premier ministre, dont le nom pourrait être rendu public dès vendredi. Ce chef de gouvernement, sans doute issu de la droite, sera le commandant en chef de l’offensive législative d’En Marche!, le mouvement dont Emmanuel Macron a abandonné ce lundi la présidence. Trois noms reviennent avec insistance, tous trois masculins: celui du dirigeant centriste François Bayrou, rallié à Emmanuel Macron avant le premier tour; celui du président de la région des Hauts-de-France Xavier Bertrand, ancien ministre des quinquennats Chirac et Sarkozy; et celui du député-maire Les Républicains du Havre, Edouard Philippe, très proche de l’ancien premier ministre Alain Juppé. Ce dernier, âgé de 47 ans, pourrait ouvrir une brèche sérieuse dans le camp de la droite traditionnelle. Féru d’écriture (il a commis deux polars politiques à succès), il formerait un tandem assez complémentaire avec le futur locataire de l’Elysée.

L’autre priorité, pour Emmanuel Macron, est de consolider sa crédibilité et de faire oublier aux Français et à la communauté internationale son jeune âge (39 ans et quatre mois). Ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée sous François Hollande entre mai 2012 et avril 2014, le président élu sait combien la posture de «président normal» a coûté cher à son prédécesseur. Ce lundi matin sur les Champs-Elysées, son attitude était donc marquée par la sobriété. Il devrait ces jours-ci surtout communiquer sur ses échanges téléphoniques avec les responsables étrangers, puis annoncer un premier déplacement auprès des forces armées françaises déployées en Afrique, dès sa prise de fonction. Très vite, Emmanuel Macron se rendra aussi à Berlin pour rencontrer Angela Merkel, à laquelle François Hollande va faire ce lundi soir ses adieux politiques. Le premier rendez-vous international du nouveau chef de l’Etat français sera le sommet de l’OTAN à Bruxelles le 25 mai, suivi du sommet du G7 en Sicile (Italie) les 26 et 27 mai. Dans les deux cas, son face-à-face avec le président Donald Trump, qui l’a félicité hier d’un tweet, sera très attendu.

Les législatives, objet de toutes les convoitises

Le mouvement En Marche!, crée en avril 2016, doit pour sa part achever sa mutation en formation politique capable de remporter les élections législatives des 11 et 18 juin. Une conférence de presse de son secrétaire général Richard Ferrand est prévue ce lundi soir. La question cruciale est de savoir ce qu’En Marche! peut proposer aux parlementaires sortants de droite et de gauche désireux de se représenter et prêts à soutenir Emmanuel Macron. Pour la première fois samedi, un sondage a estimé que le nouveau président, fort de son succès, pouvait convaincre les électeurs français de voter pour En Marche!. Le mouvement pourrait obtenir 22% des suffrages et constituer le plus grand groupe de députés à l’Assemblée nationale. Une hypothèse que les partis traditionnels de gouvernement comme le PS et Les Républicains vont tout faire pour démentir d’ici à la tenue du scrutin.

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