syrie

Emmanuel Macron endosse l'uniforme de chef de guerre

Le chef de l'Etat français, benjamin des dirigeants alliés, a dissipé avec les frappes de cette nuit le souvenir de la riposte avortée sous le quinquennat Hollande

Trois cibles ont été frappées par les missiles français cette nuit, selon le Ministère de la défense et l'Elysée: le principal centre suspecté d'abriter les recherches sur des armes chimiques à Damas, et deux sites de stockage et de production situés près de Homs.

A ce  sujet: La Syrie dénonce une «agression barbare» des Occidentaux

Les frappes, déclenchées la nuit dernière aux côtés des Etats-Unis et du Royaume-Uni (qui ont, au total, tiré une centaine de missiles), ont été côté français menées par des moyens aériens et navals. Quatre vaisseaux de guerre déployés en Méditerranée, et des avions Mirage et Rafale ont participé à l'opération. Une partie des avions utilisés ont décollé de bases situées en France selon le Ministère de la défense. Des contacts préalables avec les Russes auraient eu lieu, selon la ministre de la Défense Florence Parly. Ce que n'a pas confirmé l'Elysée. 

Une riposte annoncée

Depuis son élection en mai 2017, Emmanuel Macron avait toujours affirmé que la France riposterait en cas de nouvelle attaque chimique de la part du régime syrien. Il l'avait dès le début de son mandat asséné dans son premier entretien à la presse européenne, dont Le Temps: «Quand vous fixez des lignes rouges, si vous ne savez pas les faire respecter, vous décidez d’être faible, avait expliqué dans nos colonnes le président français tout juste élu. Ce n’est pas mon choix. S’il est avéré que des armes chimiques sont utilisées sur le terrain et que nous savons en retracer la provenance, alors la France procédera à des frappes pour détruire les stocks d’armes chimiques identifiés. Qu’est-ce qui a bloqué les choses en 2013? Les Etats-Unis ont fixé des lignes rouges mais ont fait le choix in fine de ne pas intervenir. Qu’est-ce qui a affaibli la France? De définir politiquement une ligne rouge et de ne pas en tirer les conséquences. Et qu’est-ce qui, du coup, a libéré Vladimir Poutine sur d’autres théâtres d’opérations? Le fait d’avoir constaté qu’il avait face à lui des gens qui avaient des lignes rouges mais ne les faisaient pas respecter».

Lire l'interview: «L’Europe n’est pas un supermarché. L’Europe est un destin commun»

Une nouvelle intervention médiatique dimanche

La décision de frapper le régime syrien, prise par Emmanuel Macron, sera bien sûr au centre de sa seconde intervention médiatique de la semaine, dimanche soir sur Médiapart et BFM TV. Cela explique sans doute pourquoi le chef de l'Etat, contesté sur le terrain social avec la grève de la SNCF, n'est pas solennellement intervenu dans une adresse télévisée nocturne comme l'ont fait Donald Trump et Teresa May.

Lire aussi: La communication de Macron décryptée

Cette manœuvre est surtout une revanche personnelle pour l'ancien conseiller de François Hollande qui, à l'instar de ce dernier, avait très mal vécu la décision de Barack Obama de ne pas frapper la Syrie après l'utilisation d'armes chimiques en juillet-aout 2013, entraînant l'inaction de ses alliés.

Coïncidence de calendrier: les frappes de cette nuit, très étudiées pour ne pas aboutir à un nouvel engrenage militaire vis à vis de la Russie et de l'Iran, interviennent au moment même de la publication des mémoires de l'ancien président. Dans son livre Les leçons du pouvoir (Ed. Stock), François Hollande regrette de nouveau la décision de l'ancien président américain de renoncer aux frappes, alors que la France estimait indispensable de riposter. 

Une décision personnalisée

Politiquement, la décision française de s'associer aux frappes est personnalisée par l'Elysée, dont le locataire assume son uniforme de chef des armées, après avoir dès sa prise de fonction beaucoup investi sur la dimension militaire de sa fonction, et promis aux armées une forte augmentation de leur budget d'ici la fin de son mandat. «J’ai  ordonné aux forces armées françaises d’intervenir cette nuit, dans le cadre d’une opération internationale menée en coalition avec les Etats-Unis d’Amérique et le Royaume-Uni et dirigée contre l’arsenal chimique clandestin du régime syrien» détaille le communiqué présidentiel publié dans la nuit. Il poursuit: «Notre réponse a été circonscrite aux capacités du régime syrien permettant la production et l’emploi d’armes chimiques. Nous ne pouvons pas tolérer la banalisation de l’emploi d’armes chimiques, qui est un danger immédiat pour le peuple syrien et pour notre sécurité collective. C’est le sens des initiatives constamment portées par la France au Conseil de sécurité des Nations unies.»

Les frappes françaises ont été justifiées dans le détail, au nom de la défense du droit international, par le ministre des Affaires étrangères Jean Yves Le Drian. Suite à son intervention de dimanche dans les médias, Emmanuel Macron justifiera sans doute de nouveau sa décision devant le parlement européen, lors de son discours à Strasbourg prévu mardi 17 avril. Un débat aura également lieu à l'Assemblée nationale en début de semaine. Manière de transformer cette initiative en posture nationale, au moment où la question du respect de l'autorité présidentielle est plus que jamais au centre des débats et des remous sociaux qui agitent la France.

Publicité