L’intervention d’Emmanuel Macron ce jeudi à partir de 18 heures sera en réalité bien plus que sa première conférence de presse face à environ 200 journalistes français et étrangers, conviés au palais de l’Elysée. (Des extraits et commentaires en direct seront diffusés par nos soins via Twitter @LTwerly.)

Sur le papier, l’échange doit permettre au président français d’apporter ses réponses au «grand débat national», durant lequel il a lui-même participé à une quinzaine de rencontres, longues de plusieurs heures. En réalité, cette prise de parole est présentée par de nombreux observateurs comme un moment clé de son quinquennat, deux ans tout juste après le premier tour de la présidentielle, le 23 avril 2017, qui l’avait vu arriver en tête des suffrages devant Marine Le Pen. Une semaine après l’incendie de Notre-Dame et sa brève allocution télévisée de six minutes, mardi 16 avril, l’enjeu pour le chef de l’Etat est de redonner un cap à sa présidence, et de contenir la colère sociale toujours en germe, à la veille des manifestations redoutées du 1er Mai.

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Conséquences de l’incendie de Notre-Dame

Le choix d’une unique conférence de presse, pour ces annonces, est d’abord le résultat des événements de la semaine dernière. Normalement, Emmanuel Macron devait s’exprimer à la télévision lundi 15 avril à 20 heures, avant de rencontrer les journalistes deux jours plus tard, le 17 avril. La catastrophe de Notre-Dame de Paris en a décidé autrement, et la situation est aujourd’hui bien différente. Alors qu’elles n’auraient pas dû l’être, puisque aucune des décisions n’a été confirmée par l’Elysée, toutes les annonces prévues le 15 avril ont été diffusées et largement commentées dans la presse française, qui avait obtenu le texte de l’allocution. La première question, ce soir, va donc être de savoir si le président s’en tient à sa même liste de mesures. Ou s’il a, au contraire, tenu compte des réactions de ces derniers jours pour modifier partiellement ses propositions. Les journalistes qui se sont précipités sur ces préannonces vont-ils devoir faire un mea culpa si tel ou tel sujet est abandonné? Alors que la présidence se plaint régulièrement de son traitement dans la presse, et vice versa, l’exercice sera instructif.

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Le principal enjeu de cette intervention élyséenne est toutefois de démontrer aux Français que leurs préoccupations, doléances et protestations ont bien été entendues au plus haut niveau. Or ce que l’on a pu lire, ces jours-ci, laisse perplexe. Emmanuel Macron, affirme la presse française, devrait insister sur la «nécessité de travailler davantage». Ce qui, dans un pays où les «gilets jaunes» réclament toujours une hausse du pouvoir d’achat (malgré les annonces présidentielles du 10 décembre 2018) peut s’avérer explosif. L’assouplissement et l’élargissement possible des conditions d’organisation d’un référendum, aux niveaux national et local, sont aussi évoqués. Mais sans répondre vraiment à la demande d’un «référendum d’initiative citoyenne» (RIC) des «gilets jaunes»… Autre horizon: celui du fonctionnement de l’Etat. La suppression de l’Ecole nationale d’administration (ENA) est dans le tuyau. Elle a été largement commentée. Sera-t-elle annoncée? Comment les hauts fonctionnaires seront-ils formés dans ce pays centralisé qu’est la France? Sur chacun de ces chapitres, s’il veut ramener le calme dans les rues, Emmanuel Macron devra proposer des solutions claires, simples, et dont la mise en œuvre peut être rapide.

Vers des interventions marathons?

Attention toutefois: le propre d’une conférence de presse est de ne pas pouvoir être gérée «au cordeau». Lorsqu’il donne un entretien à un ou plusieurs journalistes, le président français peut ensuite – le plus souvent – relire ses propos avant parution. Cela avait été le cas en juin 2017, lors de sa première interview accordée à la presse européenne, dont Le Temps. Ce jeudi soir en revanche, tout sera en direct. Les questions ne seront donc pas seulement consacrées aux annonces, et des sujets sensibles tels que l’affaire Benalla – son ancien collaborateur, mis en examen par la justice pour violences contre manifestants le 1er mai 2018 – pourront être évoqués. On connaît aussi le goût du chef de l’Etat pour les interventions marathons, comme cela fut le cas lors du «grand débat». Assistera-t-on, cette fois, à une nouvelle prise de parole interminable?

Réputé pour verrouiller sa communication depuis son accession à l’Elysée, Emmanuel Macron tente en tout cas cette fois l’exercice inverse en affrontant la presse. Seul. Fidèle à son image de président «jupitérien» si décriée. Il renoue ainsi, ironie de l’histoire, avec son prédécesseur François Hollande, qui avait promis, dès son élection en 2012, de tenir au moins une conférence de presse par an. Avant d’abandonner cet engagement après les attentats de 2015…