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Emmanuel Macron, 21 juin 2018.
© Stephane Mahe/File Photo/REUTERS

France

Emmanuel Macron face au risque de la banalisation

Pour sa rentrée politique, le président français retrouve le casse-tête budgétaire, l’impatience des Français face aux réformes dont les effets tardent à se faire sentir, et la perspective d’élections européennes cruciales en 2019

L’ennui, avec la nouveauté, c’est que ça ne dure pas. Avec une certaine bienveillance, une majorité de Français avait octroyé à Emmanuel Macron, depuis un an, du temps pour faire ses preuves, eux-mêmes ayant du mal à se faire une idée précise de ce jeune chef d’Etat que beaucoup connaissaient à peine. Mais c’est fini. En cette rentrée (le gouvernement s’est retrouvé mercredi pour un Conseil des ministres de trois heures), l’opinion s’impatiente et ne passera plus rien au président.

Officiellement, tout va bien, comme l’a martelé mercredi midi le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, avec des éléments de langage bien huilés: «Le président a rappelé que la rentrée du gouvernement devait s’inscrire dans la cohérence et la continuité de la transformation engagée depuis un an par notre pays», cette politique ayant déjà permis selon lui à la France de «restaurer sa crédibilité vis-à-vis de ses partenaires européens, de ses partenaires à l’international et du monde économique».

En réalité, la situation se corse. Si nul ne doute de la volonté réformatrice d’Emmanuel Macron, les résultats sont loin d’être au rendez-vous: le chômage ne baisse que très, très lentement; la croissance espérée de 2% devrait culminer à 1,8% au maximum; la dépense publique ne recule pas et les Français voient fleurir des taxes nouvelles, tandis que l’inflation dépasse les 2% à cause du coût de l’énergie.

Les résultats, «nerfs de la guerre»

Or, comme l’explique Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l’Ifop, «les résultats, c’est le nerf de la guerre». Et si l’affaire Benalla, qui a enflammé la classe politique en juillet à cause de ce conseiller du président qui jouait un peu trop les gros bras, a «quelque peu altéré l’image» du président français, explique Frédéric Dabi, sa baisse de popularité, aujourd’hui largement sous les 50%, avait commencé bien avant et pour d’autres raisons. Dans l’électorat de droite, la hausse de la CSG pour les retraités les plus favorisés avait été autrement plus ravageuse, comme dans l’électorat de gauche la baisse du montant des allocations logement ou la suppression de l’impôt sur la fortune.

Emmanuel Macron court en réalité un vrai risque: celui de la banalisation. S’il n’obtient pas de résultats économiques rapides, les électeurs se diront que, après tout, il est comme les autres et que le «nouveau monde» qu’il avait prôné ressemble comme deux gouttes d’eau à l’ancien. Avec une circonstance aggravante: celle d’apparaître comme «le président des riches», qui vante toujours les «premiers de cordée» sans trouver les mots pour s’adresser à ceux qui peinent à suivre, avec en prime les mêmes dérives monarchiques que la plupart de ses prédécesseurs (affaire Benalla, construction d’une piscine au fort de Brégançon, commande de vaisselle pour l’Elysée, etc.)

Quinze milliards d'économies

Pour le gouvernement français, le premier rendez-vous de la rentrée sera budgétaire: dès mercredi après-midi, Emmanuel Macron et le premier ministre, Edouard Philippe, ont réuni autour d’eux les principaux ministres pour chercher comment faire des économies. Un coup de rabot par-ci, un coup de rabot par-là ne suffiront pas à satisfaire l’Union européenne: certes, le déficit de la France est passé sous les 3% du PIB, mais peine à descendre sous les 2,8%. Il faut trouver une quinzaine de milliards d’économies, théoriquement sans augmenter les impôts. Faute d’un grand dessein sur une réforme de l’Etat toujours annoncée et sans cesse remise, il ne pourra s’agir que de rafistolage.

Le second rendez-vous sera social, avec les réformes à venir sur les retraites (une de plus!), l’indemnisation du chômage, le système hospitalier et la présentation d’un plan contre la pauvreté.

Des atouts dans sa besace

Pour Frédéric Dabi, il n’y a pourtant pas péril en la demeure: «Emmanuel Macron joue gros, estime-t-il, mais il a encore des atouts dans sa besace car on n’est plus dans une logique de bipolarisation.» C’est l’une des chances du président français: en faisant exploser par son élection le système droite-gauche, il a porté un coup durable aux partis traditionnels. La droite ne parvient pas à parler d’une seule voix, le Parti socialiste est toujours moribond, Jean-Luc Mélenchon et sa France insoumise font beaucoup de bruit mais mobilisent peu. Quant à Marine Le Pen, elle va passer l’automne à chercher de l’argent pour renflouer le Rassemblement national.

Tout le monde se donne rendez-vous le 26 mai 2019 pour les élections européennes, premier test électoral depuis la présidentielle. Des élections qui peuvent être périlleuses pour le pouvoir, avec un gros obstacle à franchir en janvier 2019: la mise en place du prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, qui peut avoir, qu’elle se passe mal ou bien, des résultats psychologiques… et donc électoraux.

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