Emmanuel Macron ne veut pas réformer la France. «La France est irréformable» a d’ailleurs déclaré l’ancien ministre de l’économie lors de la présentation de son programme présidentiel ce mercredi à Paris. Ironie? Oui. Mais habile. «Ce qu’il faut, c’est la transformer», a-t-il aussitôt ajouté, évoquant des dispositifs novateurs et inattendus comme une prime de 15 000 euros à l’emploi que porteront avec eux les jeunes des quartiers défavorisés, pour favoriser leur embauche.

Autre illustration de cette stratégie de «transformation»: la volonté de mettre en place une uniformisation des régimes de retraite – «un euro cotisé donnera les mêmes droits» – sans changer les droits actuels perçus, le désir de rendre l’assurance chômage plus flexible, et le souci de recourir fréquemment à «l’évaluation» pour juger et modifier les politiques publiques, dans un pays où l’Etat reste au centre de tout. «Il n’y a pas de fatalité à la grève et au refus. Toutes les grandes grèves en France ont eu lieu parce que les réformes mises en œuvre n’avaient pas été assumées politiquement et n’avaient pas de légitimité démocratique. Si je suis élu, ces deux questions seront résolues. Nous porterons les changements et cette nouvelle donne dès le début de mon mandat, à partir de l’automne hiver 2017» a-t-il justifié.

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Avant de poursuivre: «Aujourd’hui ce qui ne va pas c’est que la loi définit tout. Nous ne sommes pas dans une République contractuelle» a-t-il regretté, répétant son soutien à une réforme supplémentaire du code du travail dans le sens d’une flexibilité accrue du marché de l’emploi. «Je ne propose pas des changements de paramètre au sein des équilibres actuels. En France, les acteurs sociaux et politiques ne sont pas à la bonne place».

Plus qu’un programme, une doctrine

Plus qu’un programme, détaillé dans 40 fiches disponibles sur le site web de son mouvement En Marche!, c’est une doctrine que le candidat à la présidentielle âgé de 39 ans a présenté devant la presse et face à ses soutiens. Autour de trois axes: la défense des classes moyennes, le respect des obligations européennes de la France, et la promesse d’un renouvellement du personnel et des pratiques politiques hexagonales.

Au lendemain des attaques au vitriol portées par le candidat de la droite François Fillon contre les juges à propos des soupçons d’emplois fictifs qui pèsent sur son épouse et deux de leurs enfants, l’ancien ministre de François Hollande a, lui, redit sa confiance dans la justice et dans l’Etat, estimant indispensable de «garder la dignité de la vie publique». Avant de s’engager à porter durant son mandat une loi de moralisation comme le suggère son nouvel allié centriste François Bayrou, et la future interdiction pour les parlementaires d’employer leurs conjoints.

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Emmanuel Macron a répété sa proposition d’une allocution présidentielle annuelle devant le parlement réuni en congrès, sorte de discours futur sur «l’état de la nation» à la française. Les ministres de ses gouvernements, a-t-il promis, seront aussi comptables du respect des budgets de leur ministère.

Clivages traditionnels brouillés

Ceux qui attendaient de connaître son programme pour savoir si Emmanuel Macron est de droite ou de gauche auront été déçus. L’intéressé a continué de brouiller les clivages traditionnels et maintenu sa ligne «sociale-libérale», articulée autour de l’idée que les droits sociaux devront être, à l’avenir, portés par les individus, et de la proposition de clarification des rôles dans le dédale administratif et social français.

Dénonçant le «projet de repli» de Marine Le Pen, «le projet de confrontation» de François Fillon et les «illusions» du socialiste Benoît Hamon, il a redit son respect pour le président François Hollande et répété qu’il en assume en partie le bilan si controversé. «Beaucoup de décisions qui ont été prises ont été des bonnes décisions. Beaucoup de choses que l’on peut assumer».

«Je ne suis pas né dans la banque d’affaires»

Candidat atypique, issu de la haute administration et passé par la banque Rothschild, Emmanuel Macron a enfin fait front sur sa réputation personnelle, répétant avec émotion qu’il est fier d’être passé par la finance privée. «Si nous ne représentions que l’oligarchie financière, vous n’auriez pas 205 000 adhérents d’En Marche! aujourd’hui. Je ne suis pas né dans la banque d’affaires. J’ai fait quatre années de ma vie dans ce secteur dont je suis très fier et qui m’ont permis de maîtriser la grammaire des affaires. J’ai passé les concours de la République. J’ai fait mes choix et pris tous les risques. J’ai démissionné de tout là où les autres continuent d’être payés comme parlementaires nationaux ou européens».

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Et de dénoncer les rumeurs qui circulent en boucle sur ses prétendues erreurs de déclarations de patrimoines, ou de régularisations fiscales. «Je me suis conforté à toutes les obligations légales dans la plus grande transparence comme conseiller, puis ministre. Et je continuerai de le faire comme candidat». A bon entendeur…