Présidentielle française

Emmanuel Macron a gagné la moitié de son pari insensé

Les portes de l'Elysée lui sont déjà entrouvertes. «Certains disent qu’il est trop jeune, qu’il est inexpérimenté. Mais il est intelligent, il apprendra sur le tas» entendait-on parmi ses supporters ce dimanche soir...

Un fond bleu et un message sans ambiguïté: «En Marche! La France». Emmanuel Macron a confirmé dimanche sa qualification au second de la présidentielle française devant un millier de militants, et autant de journalistes. C’est un pari insensé que vient de remporter le leader du jeune mouvement En Marche!.

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Ses adversaires voulaient croire à une «bulle» prête à exploser, il a finalement distancé les partis traditionnels dans cette première étape décisive. «On tourne clairement aujourd'hui une page de la vie politique française», a réagi le candidat. Il recueille 23,7% des suffrages exprimés, selon les estimations diffusées à 20 heures. Un score qui lui permet de passer devant la candidate du Front national (FN) Marine Le Pen, elle aussi qualifiée avec 21,7% des voix.

Les choses en grand

Le fondateur du mouvement En Marche! a voté dans la matinée au Touquet, une station balnéaire du nord de la France qui vote traditionnellement à droite. Pour la soirée, le candidat a vu les choses en grand. Il a convié ses partisans dans un hall du parc des expositions de la Porte de Versailles, à Paris, à quelques pas du siège de sa campagne. Badges, tee-shirts colorés, drapeaux tricolores et européens, un kit complet était fourni aux militants à l'entrée de la salle. Des supporters qui affichaient une grande sérénité avant l’annonce des premiers résultats. «On n'est pas stressé. Le meeting à Bercy nous a redonné confiance. Plusieurs de mes proches m'ont dit qu'en votant Emmanuel Macron, ils allaient donner leur voix au candidat le moins pire. On assure le coup», sourit Marianne Buisson, 21 ans.

Une «nouvelle génération» doit prendre le pouvoir, a martelé Emmanuel Macron tout au long de sa campagne. Une stratégie qui s’est avérée payante. Sa qualification au deuxième tour fait éclater la traditionnelle bipolarisation qui est la marque de fabrique de la Ve République. Le Parti socialiste et Les Républicains sont éliminés dès le premier tour, une déroute historique.

«Un De Gaulle en devenir»

«Il se démarque par sa jeunesse, ses idées novatrices et profite du ras-le-bol des affaires et des politiques conventionnels», estime Yenad Mlaraha, 24 ans. Ce jeune militant place beaucoup d'espoir en Emmanuel Macron. «Je n'irais pas jusqu'à le comparer au général De Gaulle mais... Disons que c'est un De Gaulle en devenir», affirme-t-il en faisant référence à la volonté de son candidat de dépasser le traditionnel clivage gauche-droite.

Reste à battre l'extrême droite au second tour. «S'il n'avait pas été qualifié, la France aurait été foutue. Il faut à tout prix éviter que l'extrême droite arrive au pouvoir», confie un militant. Face à la Marine Le Pen, Emmanuel Macron est toutefois donné largement gagnant dans les sondages. La logique du «Tous contre le Front national» devrait en effet l'emporter au second tour. Les ténors du Parti socialiste et des Républicains ont appelé à le soutenir. Le premier ministre socialiste Bernard Cazeneuve a rapidement appelé à voter pour l'ancien ministre de l'Economie. Devant les journalistes, le candidat conservateur François Fillon a également indiqué qu'il donnerait sa voix à Emmanuel Macron pour faire barrage au FN.

Les portes de l'Elysée lui semblent ainsi grandes ouvertes. Mais cette hypothèse pose déjà question. Âgé de 39 ans, le fondateur du mouvement En Marche! sera-t-il en mesure de diriger le pays? Ses soutiens en sont persuadés. «Certains disent qu’il est trop jeune, qu’il est inexpérimenté. Mais il est intelligent, il apprendra sur le tas», s’enthousiasme Zina Elhadi. Avant même l’annonce des résultats, ce plombier de 53 ans présentait son candidat comme le «futur président de la République française».

Quid du troisième tour?

La présidentielle française est toutefois une élection à trois tours. Le mouvement En Marche! devra obtenir une majorité aux élections législatives, une condition indispensable pour diriger le pays. Invité le 6 avril de «l’Émission politique» sur France 2, Emmanuel Macron avait profité de son passage à la télévision pour dévoiler l’identité des premiers candidats investis par son mouvement. Il avait seulement présenté quatorze candidats investis. Depuis, les candidatures affluent, rassure sa garde rapprochée. Cette nouvelle bataille ne fait que commencer.
 

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