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Passation de pouvoir symbolique. Emmanuel Macron et François Hollande lors des commémorations du 8 mai. (STEPHANE DE SAKUTIN/AFP)
© Stephane Cardinale - Corbis/Corbis via Getty Images

France

Emmanuel Macron: gouverner et conquérir

Emmanuel Macron sera investi chef de l’Etat le dimanche 14 mai. Mais dès lundi, présent sur les Champs Elysées aux cotés de François Hollande, le président élu a lancé la bataille des législatives. La transformation de son mouvement En Marche ! est annoncée

L’annonce n’a pas tardé. Dès lundi, quelques heures après la première apparition publique du «président élu» Emmanuel Macron aux côtés de François Hollande pour la commémoration du 8 mai 1945 sur les Champs-Elysées, la bataille politique a repris ses droits.

Lire l'éditorial:  Emmanuel Macron doit incarner la France qui change

«La République en marche»

Première étape: la transformation du mouvement En marche! (EM), créé en avril 2016 et fort de 285 000 membres. Une nouvelle force politique, baptisée «La République en marche», lui succédera dans les prochains jours. Avec, pour mission prioritaire, l’accompagnement des candidats à l’Assemblée nationale investis dans les 577 circonscriptions de France et de l’étranger. Leurs noms seront dévoilés jeudi et, hormis une alliance passée avec la petite formation centriste MoDem de François Bayrou qui présentera ses propres candidats, tous auront dû rompre préalablement les amarres avec les autres partis, s’ils en étaient membres ou élus.

Comme promis par le candidat Macron, 50% des candidats seront issus de la société civile (c’est-à-dire jamais élus) et 50% seront des femmes. Les députés sortants socialistes ou conservateurs qui ont rallié l’ancien ministre de l’Economie se représenteront donc sous l’étiquette d’En marche!. Objectif? La conquête de la majorité absolue à l’issue des législatives des 11 et 18 juin. «Il s’agira de parachever la refondation entamée voici treize mois», a confirmé Richard Ferrand, le secrétaire général d’EM, député PS sortant du Finistère et candidat à sa réélection.

Lire aussi: Après la défaite, la perspective d’une bataille idéologique au FN 

Epreuves

Vainqueur de la présidentielle avec 66,1% des suffrages contre 33,9% pour Marine Le Pen (les résultats définitifs seront proclamés mercredi par le Conseil constitutionnel), Emmanuel Macron sait en effet que son quinquennat sera vite mis à l’épreuve. Sitôt la cérémonie de commémoration achevée – en présence de l’ancien président Nicolas Sarkozy et de l’ancien premier ministre Manuel Valls qui le fit entrer au gouvernement fin août 2014 – le futur chef de l’Etat a en effet été défié à distance par une première manifestation d’environ 2000 personnes entre la République et la Bastille, à l’appel de plusieurs syndicats, dont la CGT. Il sait aussi l’importance qu’aura, d’ici à son investiture officielle dimanche prochain, l’annonce du choix de son premier ministre.

Un nom s’est mis à faire le buzz hier soir: celui du président de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur Christian Estrosi, ex-sarkozyste, qui a annoncé sa démission. Cet ancien champion motocycliste avait chaudement accueilli Emmanuel Macron à Nice. Sa capacité à résister au Front national est très appréciée. Il est venu se rajouter à trois autres noms pressentis pour Matignon: celui de François Bayrou, l’allié crucial de l’avant premier tour; celui de Xavier Bertrand, le président Les Républicains (LR, droite) de la région des Hauts-de-France; et celui d’Edouard Philippe, député maire LR juppéiste du Havre. Agé de 47 ans, féru de littérature (il est l’auteur de bons polars), ce dernier tirerait, s’il accepte, les conséquences de la primaire qui avait vu François Fillon l’emporter sur le maire de Bordeaux. L’actuelle patronne du Fonds monétaire international, Christine Lagarde, a aussi été évoquée, mais son inexpérience parlementaire serait un handicap pour la bataille qui s’annonce.

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Une équipe resserrée

Pour gouverner dès son entrée en fonction en restant fidèle à sa promesse de moralisation de la vie politique, Emmanuel Macron a toujours dit qu’il veut une équipe resserrée d’une quinzaine de ministres. Après avoir démissionné de la présidence d’En marche!, le futur chef de l’Etat a donc entamé ses consultations, en lien avec sa garde rapprochée de hauts fonctionnaires appelés à l’entourer à l’Elysée, parmi lesquels figure le «Genevois» Alexis Kohler, 43 ans, son ancien directeur de cabinet à Bercy où ce dernier avait auparavant secondé, entre 2012 et 2014, le commissaire européen Pierre Moscovici. Le nom du directeur financier de la compagnie maritime de croisières MSC, installé depuis 2016 en Suisse, est régulièrement cité comme possible secrétaire général de l’Elysée.

Emmanuel Macron, lui, était arrivé au palais présidentiel en mai 2012, dans le sillage de François Hollande, comme secrétaire général adjoint… Aucun nom de ministre n’a encore été confirmé. Plusieurs d’entre eux pourraient être des «techniciens», chargés de mener un audit de l’état du pays jusqu’aux législatives. Contrairement au président sortant, le candidat élu le 7 mai n’exigera pas de ses ministres qu’ils soient tous des élus.

Apparitions publiques

Deux apparitions publiques au moins sont agendées cette semaine pour Emmanuel Macron. La première aura lieu ce mardi, pour la journée de l’Europe, conformément à son engagement pro-UE, après un échange de messages chaleureux dès dimanche soir avec les responsables de la Commission européenne et du Conseil européen.

La seconde interviendra mercredi avec la journée des mémoires de l’esclavage, de nouveau aux côtés de François Hollande. Sa cellule diplomatique, animée pour l’heure par Aurélien Lechevallier (son condisciple de l’ENA, ancien conseiller de coopération à Beyrouth), envisage dès la semaine prochaine un déplacement du président sur un théâtre d’opérations extérieures de l’armée française (sans doute en Afrique) et la rituelle rencontre avec la chancelière Allemande Angela Merkel, à qui François Hollande a fait ses adieux lundi soir.

Lire encore: Emmanuel Macron, pas encore chef de l’Etat, mais déjà «président»

Le matin, devant la tombe du Soldat inconnu à l’Arc de triomphe, le président sortant avait joué les tuteurs auprès de son successeur, lui tapotant la nuque et lui indiquant où se tenir. Vu les circonstances, «l’apprentissage» présidentiel devra être très bref.


«L’Europe ne peut pas être forte, si ses Etats sont faibles»

Directeur de l’Institut Jacques Delors, Yves Bertoncini était sur l’esplanade du Louvres dimanche soir quand le nouveau président français est apparu sur l’Hymne à la joie, la symphonie de l’Europe unie. Son analyse.

Le Temps: La victoire d’Emmanuel Macron est-elle un tournant pour l’Union européenne (UE)?

Yves Bertoncini: Elle est un cinglant démenti à la théorie des dominos en vogue dans les médias anglo-saxons. Selon eux, après le Brexit, d’autres pays allaient sortir de l’UE. La présidentielle française, qui s’est transformée en référendum pour ou contre l’Europe, montre que l’europhobie reste minoritaire. Les Français ne détestent pas autant l’Europe au point de vouloir en sortir. Bien sûr, beaucoup sont eurosceptiques, ce n’est pas la même chose. Le Front national s’est trompé sur ce point. Il va sans doute revoir sa copie sur le Frexit, la sortie de la France de l’UE, et revenir sur d’autres fondamentaux, comme le rejet de l’immigration ou la peur de l’Islam, comme l’a fait avant lui le populiste néerlandais Geert Wilders.

– Les Français sont-ils pour autant majoritairement pour l’ouverture prônée par l’UE, par opposition à la fermeture des frontières?

– Il y a à coup sûr une minorité europhobe et pour le repli national, comme l’a montré le score historique du FN. Pour le reste, je crois qu’on peut trouver une majorité pour transformer l’Europe, pour qu’il y ait davantage d’harmonie entre les politiques fiscales et moins de concurrence sociale.

– Le nouveau président français pourra-t-il obtenir des réformes européennes dans ce sens, comme il l’a promis?

– L’Europe ne peut avancer qu’avec ses 27 Etats membres. Les changements ne peuvent qu’être progressifs. Mais le monde est de plus en plus incertain, avec la menace du terrorisme islamiste ou celle de la Russie, comme on l’a vu dans les derniers jours de la campagne française avec le hacking du mouvement En Marche! Avec Donald Trump, les Etats-Unis, le traditionnel protecteur de l’Europe, ne sont plus aussi fiables. Tout cela incite à une relance de l’Europe politique, un objectif qui a toujours eu les faveurs de la France.

– François Hollande avait lui aussi promis de changer l’Europe mais il s’y est cassé les dents.

– Il ne s’est jamais donné les moyens de ses ambitions. Et il promettait de changer le pacte de stabilité et de croissance (qui impose des limites de déficit budgétaire strict aux Etats membres de l’UE, ndlr), ce qui était irréaliste. Emmanuel Macron n’a rien d’un révolutionnaire. Il veut commencer par remettre la maison française en ordre. Les Européens ne comprennent pas pourquoi un pays avec autant de potentialités que la France soit aussi endetté et pénalisé par un chômage de masse. L’Europe ne peut pas être forte, si ses Etats sont faibles. S’il obtient des résultats, Emmanuel Macron aura plus de crédibilité et pourra davantage peser sur la scène européenne. Il a déjà commencé à battre en brèche le franco-scepticisme avec son discours d’audace, à l’image du «Yes, we can!» de Barack Obama. (Propos recueillis par Simon Petite)

 

 

 

 

 

 

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