France

Emmanuel Macron infléchit son quinquennat et garde le cap

Le chef de l'Etat français a détaillé jeudi les nouvelles priorités de sa présidence face à la colère des «gilets jaunes» et suite au «grand débat national»: des chantiers plus que des réformes structurelles

Les Français ne voteront pas dans les semaines à venir sur la série de mesures envisagées jeudi par Emmanuel Macron. Lors d'une conférence de presse inédite, deux ans pile après le premier tour de la présidentielle qui l'avait vu, le 23 avril 2017, se qualifier face à Marine Le Pen, le chef de l'Etat a rejeté l'idée d'un référendum rapide pour sceller ce «nouvel acte» de son quinquennat. «Cette décision est dans ma main. Aujourd'hui, je ne l'ai pas retenu», a-t-il argumenté lors de son échange de plus de deux heures avec quelque 200 journalistes, dans la salle des fêtes rénovée du Palais de l'Elysée.

Plus clair et convaincant

La mise en scène, après des mois de convulsions sociales, était taillée sur mesure pour souligner à la fois la volonté de proximité et d'écoute d'Emmanuel Macron, et la robustesse des institutions de la Vème République qui fait converger tous les problèmes du pays vers son président. Pas de pupitre et d'intervention debout, mais un bureau blanc et un fauteuil, comme jadis Charles de Gaulle, qui excellait dans l'art de défier la presse.

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L'actuel président s'est d'ailleurs montré bien plus pugnace, clair et convaincant lors des réponses aux questions qu'au cours de son exposé liminaire, durant lequel il a présenté ses quatre orientations pour la France selon une terminologie assez floue: «changer la démocratie, son organisation et son administration»; «réformer la fiscalité et le rapport au travail»; «privilégier les mesures concrètes sur le plan écologique»; et «réaffirmer les permanences du projet français».

Consolider la démocratie participative

Désireux de «fixer le cap» plutôt que de lister des décisions («au gouvernement d'agir»), Emmanuel Macron a surtout pris des engagements. L'un des plus symboliques, car il pourrait consolider la démocratie participative dans un pays centralisé au plus haut point, est d'élargir les modalités de la procédure référendaire, pour permettre à un million de citoyens de déposer une initiative qui devra être ensuite validée par un quota de parlementaires. Le président a également confirmé sa volonté d'introduire «environ 20%» de proportionnelle dans le mode de scrutin pour les législatives et de réduire d'«autour de 25%» le nombre des parlementaires.

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Autre innovation: la création, dès le mois de septembre, d'une convention de 150 citoyens tirés au sort qui siègeront au Conseil économique et social, réformé pour l'occasion. Leur mission prioritaire sera de lister des mesures destinées à faciliter la transition écologique, ensuite soumises aux députés sous forme d'un ou de plusieurs projets de lois. 

Ces nouveaux chantiers présidentiels ne sont pas révolutionnaires, comme pouvaient l'espérer les «gilets jaunes» qui se préparent à manifester de nouveau ce samedi et le 1er mai. Emmanuel Macron a, au contraire, défendu mordicus les réformes jusque-là adoptées sous son mandat. Deux infléchissement sont en revanche nets: la volonté de se rapprocher des gens et des élus locaux, et de faire plus pour le pouvoir d'achat des classes populaires et moyennes.

Proximité et pouvoir d'achat

Côté proximité, une transformation de l'administration est promise, avec une relance de la décentralisation. «Trop de monde à Paris décident des règles sans avoir le contact avec les gens. Plus de fonctionnaires doivent être sur le terrain pour apporter des solutions», a asséné Emmanuel Macron qui s'est dit prêt à renoncer à sa promesse de supprimer 120 000 emplois publics d'ici la fin de son mandat 2022. Hôpitaux et maternités ne pourront plus être fermés sans l'accord des maires. Et 2000 maisons «France services» devraient ouvrir dans les trois prochaines années, sortes de guichet administratif multi-services au niveau cantonal.

Côté pouvoir d'achat, la baisse de l'impôt sur le revenu - cinq milliards d'euros annoncés - est programmée et les retraites modestes de moins de deux mille euros seront ré-indexées sur l'inflation. Une mesure à forte portée symbolique, la création d'une retraite minimale de 1000 euros mensuel pour tous ceux qui ont cotisé, a aussi été évoquée par le chef de l'Etat, qui refuse pour l'heure, en revanche, de réintroduire l'impôt sur la fortune. L'axe central d'Emmanuel Macron est plutôt de redonner de la liberté, soit de permettre à chacun de s'affranchir des seuils légaux pour «travailler plus et gagner davantage».

Les 35 heures hebdomadaires demeurent. Idem pour l'âge légal de la retraite à 62 ans. Mais il sera de plus en plus possible de s'en affranchir. Un discours bien éloigné des exigences sonnantes et trébuchantes des «gilets jaunes». Aucune hausse du salaire minimum n'a été annoncée, même si une «mobilisation générale» des partenaires sociaux va démarrer ces jours-ci. 

«Réparateur de la France»

Plus humain (mot répété plusieurs fois). Plus soucieux de cohésion nationale. Combatif contre l'islam politique et les menaces sur la loi de 1905 sur la laïcité, qu'il n'entend plus réformer mais défendre. C'est en réparateur de la France qu'Emmanuel Macron s'est exprimé. Deux mesures symboles confirment de ce point de vue sa volonté d'écoute: un effort pour les familles monoparentales - notamment les femmes seules avec enfant - qui pourront obtenir le prélèvement par l'Etat des pensions alimentaires impayées par leur conjoint; et l'annonce de la suppression de la très décriée Ecole nationale d'administration (ENA), même si les modalités ne sont pas claires. Le reste de ses explications est resté cosmétique: son admission des «fautes graves» commises par son ex collaborateur Alexandre Benalla lors des manifestations du 1er mai 2018 n'a rien apporté de neuf. Idem - car personne n'y croit - lorsqu'il affirme qu'il se «fiche de la prochaine élection présidentielle». 

Après le «grand débat national», le chef de l'Etat français a en fait lancé hier des «grands travaux présidentiels». Convaincu que les pires turbulences sociales sont probablement derrière lui et qu'il peut encore - selon ses termes - retresser « la corde qui relie les premiers de cordée aux autres». Reste à éviter les éboulements. 

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