Climat

Emmanuel Macron mise sur l’Amérique anti-Trump

Le sommet «One Planet» organisé par la France se voulait, mardi, une réponse positive au retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le réchauffement

Tout au long du sommet «One Planet» organisé mardi, deux ans pile après la signature de l’accord de Paris sur le climat, les bonnes volontés venues d’outre-atlantique ont été mises en exergue par Emmanuel Macron. «Personne ne peut remplacer l’administration américaine lorsqu’il s’agit, par exemple, de faire pression sur la Chine au niveau politique confie un diplomate français. Mais personne ne peut non plus contester le vif débat qui divise aujourd’hui la société américaine sur ce sujet.»

Juste derrière notre interlocuteur, l’intervention du président français s’achève. «Nous risquons de perdre la guerre contre le climat», vient-il d’asséner. La caméra se tourne vers les visages de l’ancien maire de New York Michael Bloomberg, de l’ex gouverneur de Californie Arnold Schwarzenegger, ainsi que des acteurs Leonardo Di Caprio et Sean Penn. Tous ont été invités pour contrebalancer la très discrète délégation américaine officielle, expédiée par l’ambassade. «L’Amérique n’est pas sortie de l’accord de Paris. C’est Donald Trump qui en est sorti. Il est le passé. Nous avançons vers l’avenir», tonne Arnold Schwarzenegger, invité à s’exprimer aux côtés des premiers ministres du Danemark, de la Suède et de la Finlande.

Trump, un obstacle surmontable

Le président français voulait un sommet percutant, pour tirer le signal d’alarme et démontrer que l’obstacle Donald Trump est surmontable. Contrat rempli. Conçu comme une succession de tables rondes contradictoires et ouvertes, lors desquelles des responsables politiques ont côtoyé entrepreneurs et personnalités de la société civile, le «One Planet Summit» a réveillé l’esprit de la COP 21, la conférence de Paris sur le climat qui s’est achevée deux ans plus tôt jour pour jour. Avec, comme mot d’ordre, la mise en œuvre des promesses faites, en particulier, aux pays les plus pauvres et aux pays insulaires menacés par la montée des océans et les perturbations météorologiques de plus en plus violentes.

Ces derniers, souvent privés de crédits parce que considérés comme «émergents» sur le plan économique, ont d’ailleurs été les plus véhéments, affirmant que leur sort «dépend d’un trait de plume» de la part des organisations financières internationales. Une situation qu’il convient de rectifier pour la présidente de la Confédération Doris Leuthard, présente sur «la scène musicale», le complexe parisien de l’Ile Seguin où s’est tenu le sommet: «La Suisse est d’accord pour que ces critères soient révisés, a-t-elle confirmé au temps. Ils peuvent être changés très vite».

Mobilisation des «gouvernements subnationaux»

Côté annonces, douze engagements ont été avalisés lors de ce sommet qui suivait de peu la COP 23, la conférence des parties de l’ONU organisée à Bonn du 6 au 17 novembre dernier. Parmi eux: la création d’un fonds dédié à l’adaptation au changement climatique des îles Caraïbes, l’activation d’un Fonds de lutte contre la dégradation des terres et la désertification doté de 300 millions d’euros, la création d’une plateforme de financement de 100 projets «Eau et Climat» pour l’Afrique, le lancement d’un marché Carbone par le Mexique avec la volonté de le connecter aux autres grands pays de la région, mais aussi la mise en œuvre de nouvelles bourses pour les chercheurs ou la création d’un observatoire spatial européen du climat.

L’élément moteur de cette réunion d’une cinquantaine de chefs d’Etat ou de gouvernement – la Chine était représentée par son vice-premier ministre Ma Kai, chargé des sujets climatiques – était toutefois ailleurs, dans la mobilisation de ce qu’Arnold Schwarzenegger nomme «les gouvernements subnationaux»: régions, métropoles, villes. «L’intelligence d’Emmanuel Macron est d’avoir compris que les dirigeants politiques sont aujourd’hui, sur le sujet de climat, au maximum de leurs capacités, analysait, en marge du sommet, le climatologue Jean Jouzel, auteur de «Pour en finir avec le chaos climatique et financier» (Ed. Odile Jacob). L’effort doit maintenant porter sur la constitution de coalitions: financières, économiques, urbaines…». Des coalitions qui, aux Etats-Unis, forment aujourd’hui un solide front climatique anti-Trump.

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