L’idée d’un entretien télévisé rituel chaque 14 juillet ne plaisait guère à Emmanuel Macron, qui avait évité les caméras lors de la Fête nationale depuis le début de son mandat. C’est pourtant par ce biais, apprécié de ses prédécesseurs, que le président français a mené l’offensive, à la veille du discours de politique générale que doit prononcer ce mercredi son nouveau premier ministre, Jean Castex, devant le parlement. Le résultat? Plus d’une heure de conversation en direct, ponctuée par quelques expressions alambiquées dont il a le secret («J’ai dépassé l’hémistiche de mon mandat»… pour dire plus de la moitié). Mais surtout une description du nouvel horizon présidentiel post-Covid-19. Autour de quatre chantiers.

  • Le chantier de la proximité

Ce sera la priorité de Jean Castex, ce premier ministre inconnu du grand public, haut fonctionnaire à l’accent du sud-ouest et ex-maire d’une commune pyrénéenne qu’Emmanuel Macron dit avoir repéré lorsqu’il dirigeait les opérations de déconfinement, à partir du mois d’avril. «J’ai vu sa méthode […]. C’est un élu de terrain, qui a une culture du dialogue social, a justifié le chef de l’Etat français. Il y a la patte humaine, il peut être celui qui peut dirige cette nouvelle équipe en étant plus à l’écoute, en associant les élus de terrain, en relançant l’économie avec les partenaires sociaux.» Autre illustration de cette volonté de proximité: sa défense de la nomination, comme ministre de l’Intérieur, de l’élu nordiste Gérald Darmanin, pourtant sous le coup d’une plainte pour viol, d’abord classée sans suite, puis réactivée pour des raisons de procédure. Comme cela a été le cas lors de ses précédentes interventions télévisées, Emmanuel Macron a répété qu’il avait sans doute commis des erreurs: «J’ai laissé paraître quelque chose que les gens se sont mis à détester […]. Je suis apparu comme ce président qui voudrait tout réformer pour que seuls les meilleurs puissent réussir.» Preuve de cette volonté de donner la parole aux Français, Emmanuel Macron a confirmé son soutien à un futur référendum pour introduire la lutte contre le réchauffement climatique dans l’article 1 de la Constitution.

  • Le chantier sanitaire

L’épidémie de Covid-19 n’est pas encore jugulée. Emmanuel Macron a donc confirmé que, face à la recrudescence récente des cas de contamination (25 foyers infectieux actifs en Ile-de-France, dont sept à Paris), le port du masque de protection sera rendu obligatoire d’ici au 1er août dans les lieux publics clos, commerces inclus. Il a surtout répété que la France (172 337 cas de contamination confirmés et 30 029 morts) est prête à affronter un second choc: «Si on ne veut pas de deuxième vague, ça dépend de nous […]. Nous serons prêts […]. On sait ce qu’on consomme en masques, nous sommes organisés.» Dans le cas où la firme pharmaceutique française Sanofi serait la première à découvrir un vaccin, le président a répondu qu’il n’y aurait pas de «nationalisme sanitaire». Ce traitement sera en «accès mondial».

  • Le chantier de la relance

C’est le plus périlleux, parce qu’il ne dépend pas seulement de la France, fragilisée par l’aggravation de son déficit public (8,2% attendu en 2020) et de sa dette (115% du PIB attendu en 2020), conséquences de la générosité de son système social. C’est au niveau européen, après le sommet du 17 juillet à Bruxelles sur le plan de relance franco-allemand de 750 milliards d’euros, que la partie va se jouer. Mais redresser la barre est urgent. « Au moins 100 milliards d’euros », en plus des 460 milliards déjà sur la table,  seront consacrés à « la relance industrielle, écologique, locale, culturelle et éducative » a donc annoncé Emmanuel Macron qui confirme craindre entre 800 000 et 1 million de chômeurs en plus au printemps 2021. Pas question toutefois d’augmenter la fiscalité: «On ne résout pas une crise comme celle-ci en augmentant les impôts car si on le fait, les gens ne consomment pas et le doute s’installe […]. On aura une dette Covid, il faudra l’amortir.»

  • Le chantier des réformes

Emmanuel Macron n’a pas répondu sur son intention, ou non, de se représenter en 2022. Mais il a tenu bon sur deux registres. Le premier: la volonté de s’affranchir des clivages politiques traditionnels. «Notre gouvernement est un gouvernement de femmes et d’hommes qui viennent de la droite comme de la gauche. Je crois au dépassement politique, je prends les meilleurs.» Le second: celui des réformes symboliques. «On a fait des réformes. Elles étaient nécessaires parce qu’elles ont redonné la force au pays qui lui a permis de traverser la crise actuelle et de lui redonner la crédibilité internationale.» La réforme des retraites, adoptée en première lecture par les députés au début mars, reviendra… pour être amendée autour de son pilier: le système universel. «Ce système est juste, mais il faut lui donner du temps.» Conclusion: «On a le droit de voir loin et grand, y compris lorsqu’il ne reste que 600 jours.»