Les mots ont toujours la plus grande importance chez Emmanuel Macron. En évoquant, dans son discours de victoire à l’issue du second tour, sa volonté d’aborder «une ère nouvelle qui ne sera pas la continuité du quinquennat qui s’achève», le président français sortant a ouvert la voie à ce que la polarisation révélée par cette élection présidentielle exige: une nouvelle recomposition politique. «Je pense aussi à nos compatriotes qui ont voté pour Madame Le Pen. Je ne suis plus le candidat d’un camp, mais le président de toutes et tous. Je sais que pour nombre de nos compatriotes qui ont choisi l’extrême droite, la colère et les désaccords qui les ont conduits à voter pour ce projet doit aussi trouver une réponse. Ce sera ma responsabilité et celle de ceux qui m’entourent» a-t-il reconnu, face aux 42% des suffrages réunis par son adversaire. Laquelle n’avait totalisé que 33,1% des voix il y a cinq ans.

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La grande question, désormais, est de savoir si ce président de 44 ans, largement réélu parce qu’il entend maintenir son pays arrimé à l’Union européenne, peut répondre aux colères des électeurs du Rassemblement national, mais aussi à celles des 28% d’abstentionnistes, un record sous la Ve République. Or il faudra encore du temps pour le savoir. Pour l’heure, Emmanuel Macron ne va sans doute pas dévoiler ses batteries. Son premier ministre Jean Castex, haut fonctionnaire et élu des Pyrénées, n’est pas obligé de remettre immédiatement sa démission. Le mandat d’Emmanuel Macron s’achève au plus tard le 13 mai à minuit. Il est dès lors probable que le chef de l’Etat, qui aime apparaître comme le maître des horloges va… jouer un peu la montre. Avec une interrogation tactique: doit-il nommer un chef du gouvernement pour mener la bataille des législatives à venir les 12 et 19 juin? Ou doit-il, au contraire, se jeter lui-même dans la bataille, comme il l’avait fait en 2017 avec son mouvement «La République en marche» dans l’espoir d’obtenir la reconduction de la majorité présidentielle sortante à l’Assemblée nationale?

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Son discours de dimanche soir, sur fond d’Hymne à la joie, n’a pas donné d’indications claires. Il est probable en revanche que les premiers gestes du président réélu iront vers l’Union européenne, avant son intervention prévue devant le Parlement européen à Strasbourg le 9 mai. Une visite à Kiev, pour témoigner sa solidarité avec l’Ukraine? Probable aussi. Logique. Emmanuel Macron sait bien que le visage du prochain quinquennat, outre ses engagements pris durant la campagne sur l’écologie, dépendra beaucoup des circonstances internationales. Et de la détermination guerrière de Vladimir Poutine.