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La France est loin d’être conquise par une «macronite aiguë». Avec 24,01%, le candidat d’En marche! est soutenu par moins du quart des votants.
© Reuters/Benoit Tessier

France

Emmanuel Macron, les pièges présidentiels

Le vainqueur de dimanche doit encore s’imposer le 7 mai face à Marine Le Pen. Laquelle va tout faire pour le déstabiliser

Un coup de fil en guise de passage de relais. Lorsque François Hollande a joint dès dimanche soir au téléphone Emmanuel Macron, pour lui annoncer sa décision (rendue publique hier) de lui apporter son suffrage au second tour, la boucle a pu sembler bouclée. L’ex-conseiller présidentiel assuré de succéder, le 7 mai, au Chef de l’Etat sortant? «Il faut à tout prix éviter de tomber dans ce piège juge un cadre d'«En marche!», le mouvement lancé voici tout juste un an par l’ancien ministre de l’économie. Notre seul objectif doit être de battre Marine Le Pen, et d’assurer une légitimité politique maximale à notre candidat».

Emmanuel Macron, sur le papier, ne peut pas trébucher. Mais dans la réalité? L’exemple de François Fillon est éloquent. Au sortir de la primaire de la droite en novembre 2016, celui-ci avait l’Elysée dans le viseur. Lundi, le candidat des «Républicains» s’est présenté devant le bureau politique de son parti en coupable et responsable. «Je n’ai plus la légitimité», a-t-il concédé, tandis que la plupart des dirigeants conservateurs ont appelé à faire barrage au Front national.

Lire notre analyse: Quatre France politiques émergent du premier tour

Le piège d'une réunion des populismes

L’autre piège est celui tendu par le Front national. Le parti d’extrême droite n’a jamais été aussi fort en France avec 7,7 millions de voix, record absolu. La déception de Marine Le Pen, qui espérait sortir en tête des urnes, cache une question douloureuse: et si les populismes de droite et de gauche se retrouvaient? Le refus de Jean-Luc Mélenchon d’appeler à voter Macron dimanche a ouvert une brèche. Les électeurs de la «France insoumise», eux aussi en colère contre le système, eux aussi majoritaires dans les classes populaires, peuvent-ils gâcher la victoire du candidat centriste? Que feront, par ailleurs les électeurs de Nicolas Dupont Aignan, le candidat souverainiste de «Debout La France» qui, avec 4,8%, dispose d’un bon réservoir de voix et n’a pas encore choisi?

«Si Macron ne dépasse pas les 65%, il aura raté le premier acte de la recomposition politique» juge un député sortant du PS qui, lundi, a appelé à soutenir l’ex-ministre. Daniel Fasquelle, le maire «Les Républicains» du Touquet, où vote Emmanuel Macron, renchérit: les législatives des 11 et 18 juin «seront la mère de toutes les batailles» pour les grands partis en perdition, qui vont tout faire pour éviter les défections de leurs cadres.

Un avant-goût des pièges présidentiels a été donné, dimanche soir, par l’émotion soulevée par la décision d’Emmanuel Macron de dîner à la Rotonde, un restaurant du quartier parisien de Montparnasse, avec un aréopage d’amis dont les écrivains Jacques Attali et Erik Orsenna, Line Renaud ou l’ancien leader de Mai 68 Daniel Cohn-Bendit. «Les Français en colère apprécieront ces mondanités si parisiennes» a rugi le vice-président du Front national Florian Philippot, promettant un duel «acharné» lors du débat télévisé de l’entre-deux-tours. La cible Macron est verrouillée.

Lire l'avis de l'expert: «La France d’en bas est acquise à des idées protestataires»


Le 2e tour, «référendum sur l'Europe»

A Bruxelles, les visages étaient soulagés voire souriants à l’annonce des résultats du premier tour de l’élection présidentielle française. Qu’Emmanuel Macron, qui a fait sa campagne l’étendard européen au poing, ait devancé Marine Le Pen a constitué une agréable surprise au Berlaymont, siège de la Commission.

Mais le commissaire européen aux Affaires économiques et financières, le Français Pierre Moscovici, se refuse à pavoiser trop vite. «Que le Front national ait recueilli 7,6 millions de suffrages est effrayant», estime-t-il. «Il faut rester mobilisés pour éviter que Marine Le Pen n’obtienne un score avoisinant les 40% au deuxième tour.»

Pour l’ancien ministre socialiste des gouvernements de Jospin puis Ayrault, le second tour s’apparentera donc à un «référendum sur l’Europe». L’électorat aura le choix entre deux visions claires: «Une France ouverte au cœur de l’Europe et une France repliée sur elle-même qui veut la quitter.» Aussi Pierre Moscovici appelle-t-il à voter pour Emmanuel Macron.

Pierre Moscovici s’exprimera ce mardi 25 avril dès 17h30 à l’Université de Fribourg, A l’occasion de la Journée de l’Europe. (Michel Guillaume)


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