«L’exigence sans l’ingérence.» Dès son arrivée sur le sol libanais lundi soir, moins d’un mois après sa première visite le 6 août dernier, le président français, Emmanuel Macron, a donné le ton. Tout au long d’une journée marathon ponctuée de rendez-vous symboliques pour commémorer le centenaire du Grand-Liban, il a distillé des déclarations très politiques, soulignant son intention de ne pas lâcher le Liban au moment où le pays est enfoncé dans une crise multidimensionnelle, économique, financière mais aussi de confiance de la population envers la classe politique. A ce contexte morose se sont ajoutés ces dernières semaines des incidents sécuritaires meurtriers.

Alors que le Liban vient de se doter d’un nouveau premier ministre, Mustapha Adib, le chef d’Etat français a appelé les responsables politiques à lancer «au plus vite» de véritables réformes susceptibles de répondre à la colère des Libanais, un mois après la tragique double explosion du port de Beyrouth. «C’est la dernière chance pour le système» libanais, a-t-il averti.

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Le Hezbollah, «une composante du peuple»

S’il entend «accompagner cette pression des Libanais» et a d’ores et déjà annoncé qu’il reviendrait au mois de décembre, Emmanuel Macron a toutefois martelé qu’il n’était pas question pour lui de se substituer à la volonté de la population. Alors qu’il s’était rendu au port pour s’informer sur l’état d’avancement des travaux effectués en coordination entre les armées libanaise et française, le président français a souligné qu’il «ne pouvait pas se substituer à la classe politique, le président Michel Aoun a été élu par le parlement, qui a lui-même été élu par le peuple».

Interrogé au sujet du Hezbollah, il a rappelé que ce parti était «une composante du peuple libanais», qu’il «a des élus» et que, comme les autres formations politiques il doit «prendre conscience de ses responsabilités». Une position qui tranche avec celles de nombreux pays occidentaux, Etats-Unis en tête, qui refusent tout contact avec le parti chiite en raison de ses liens avec l’Iran et de ses activités «terroristes». «On ne partage pas ses valeurs, mais est-ce que nous pouvons avoir un rôle utile en refusant qu’il soit autour de la table? Je pense que ce serait une erreur», s’est justifié le président français, auprès du média Brut.

Pas d'aide financière sans réformes

Emmanuel Macron s’est rendu au palais de Baabda pour un déjeuner avec le président Michel Aoun. Pour le président français, la nomination relativement rapide du nouveau premier ministre, Mustapha Adib, en quelques semaines et non «au bout de six mois» représente «un premier signe» de changement au sein des autorités. Au Liban, ce processus est en effet habituellement soumis à de longues tractations entre les différents partis. Les négociations pour la composition du gouvernement doivent débuter ce mercredi.

Le président français s’est dit prêt à «pousser» pour qu’un «gouvernement de mission», capable de «lancer des réformes» structurelles soit formé sans délai, sans quoi, aucune aide financière, qu’il s’agisse de celle espérée auprès du FMI, ou de celle conclue à la conférence Cedre et portant sur quelque 11 milliards de dollars, ne sera débloquée. «On ne libérera pas l’argent du programme Cedre tant que ces réformes ne sont pas enclenchées sur le calendrier qui a été prévu», a-t-il prévenu.

En finir avec l’Etat confessionnel

Ce même discours, le président français l’a martelé auprès des responsables de tous les partis politiques reçus à la résidence des Pins, évoquant également le calendrier du «processus électoral» pour que, «dans six à 12 mois, de nouvelles élections puissent se tenir qui permettront […] de faire émerger une autre réalité politique si le peuple le souhaite».

Un message clair, entendu par les autorités libanaises. Hier, le ministre sortant des Finances a signé des contrats avec les cabinets KPMG, Oliver Wyman et Alvarez & Marsal pour l’audit juricomptable de la Banque du Liban, une demande déposée par le FMI comme par la France. Sur le plan politique, les demandes françaises ont, semble-t-il, trouvé un écho. Depuis dimanche, le président Michel Aoun, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et le président du parlement, Nabih Berri, se sont prononcés chacun pour un changement du pacte politique en vigueur pour en finir avec l’Etat confessionnel libanais.