«Cette fois, François Hollande était enfin présidentiel». La remarque ironique, entendue dans la bouche d’un journaliste politique ce dimanche matin à l’Elysée – alors que l’ancien président de la République quittait seul le palais où il officia pendant cinq ans – montre que la page 2012-2017 n'a pas été dure à tourner pour les médias français.

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Coupez, la séquence est presque parfaite. A l’issue d’une journée d’investiture marquée par sa prise de parole solennelle et volontaire, et sa visite à des soldats blessés au combat dans un hôpital de la banlieue parisienne, Emmanuel Macron a remporté haut la main la première manche médiatico-politique de son quinquennat. Retour sur une journée qui en dit long sur les changements à venir, pour un nouveau mandat présidentiel résolument placé sous le signe de l’image et du dialogue direct entre le chef de l’Etat et les Français.

La rupture de la «confiance» et de l’autorité

C’est le mot-clef qu’Emmanuel Macron martèle depuis le début de sa campagne présidentielle, aux côtés d’un autre mot d’ordre: la «bienveillance». La confiance qu’il entend «redonner aux Français» s’est donc retrouvée ce dimanche dès les premières phrases de son discours d’investiture, prononcé après une intervention tout aussi solennelle du président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius. Lequel, citant Chateaubriand, a rappelé que «Pour être l’homme de son pays, il faut être l’homme de son temps» mais aussi savoir «réparer les blessures» et «apaiser les colères».

Prononcer ce mot «confiance» à l’Elysée ce dimanche, au premier jour du quinquennat qui s’annonce, était tout sauf banal, tant le mandat de François Hollande aura été celui… de la défiance. On voit bien, d’ailleurs, comment le nouveau chef de l’Etat a cherché tout au long de la journée à imprimer sa différence et à incarner la rupture tout en soignant son prédécesseur, avec qui il a longuement conversé (presque une heure), qu’il a presque raccompagné jusqu’à la porte de sa voiture et qu’il a même applaudi.

Confiance, aussi, dans les gestes affectueux prodigués, après son discours dans la salle des fêtes de l’Elysée, à ses principaux soutiens parmi lesquels le maire de Lyon Gérard Collomb, ému aux larmes. Confiance dans sa famille recomposée également, réunie devant lui au premier rang tandis que son épouse Brigitte se tenait seule à sa droite.

Tous ces gestes, tous ces éléments ont été scénographiés avec précision par l’équipe Macron qui, pour compenser le handicap de la jeunesse du président et de son équipe (la plupart des membres de sa garde rapprochée ont moins de 40 ans, son conseiller spécial Ismaël Emelien a juste 30 ans, le nouveau secrétaire général de l’Elysée Alexis Kohler a 44 ans) veut montrer qu’un lien fort unit le chef de l’Etat et son entourage. A l’inverse, François Hollande, dès son élection de 2012, était apparu comme un homme seul, dont l’autorité n’impressionnait pas ses collaborateurs qui l’avaient côtoyé pendant de longues années à la tête du Parti socialiste.

Une légende dont les médias français sont déjà friands

L’image est caricaturale. On reproche souvent aux journalistes de l’utiliser. Mais elle correspond quand même, en France, à une part de réalité: c’est un nouveau monarque républicain qui a pris ses fonctions ce dimanche à l’Elysée, et la presse française est immédiatement entrée dans un état de semi-extase digne d’une cour royale.

Tout au long de la matinée, les commentaires ont fusé sur le charisme du nouveau président, sur la qualité de son discours, sur la justesse de son choix en allant rendre visite à des militaires blessés. Il ne s’agit pas ici de nier l’évidence: Emmanuel Macron a de nouveau fait un «sans-faute» pour les premières heures de sa présidence, y compris lorsqu’il est revenu à l’Elysée un peu trempé, après avoir fini à pied, sous une averse, sa remontée des Champs-Elysées. Mais le pli est pris…

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Tout ce qui peut accréditer l’idée d’une nouvelle présidence est ressassé par les commentateurs: l’utilisation d’une voiture militaire sur les Champs Elysées (un choix «gaullien»), le type de costume qu’il porte (pas plus de 450 euros, affirme le service communication de l’Elysée), le choix de son conseiller diplomatique (l’actuel ambassadeur de France en Allemagne, pourtant très peu médiatique et volontiers ennuyeux)…

Normal? Sans doute. D’autant que, cette fois, Emmanuel Macron n’a pas à craindre de «parasitage» familal. En 2007, Nicolas Sarkozy était en instance de divorce avec son épouse Cécilia, qui n’était pas allée voter au second tour. En 2012, François Hollande semblait déjà inquiet (à juste titre) de la place que sa compagne journaliste Valérie Trierweiler chercherait à occuper à l’Elysée. Pour Emmanuel Macron, rien de tout cela. Son père et sa mère étaient présents au premier rang avec les enfants de Brigitte Macron et ses petits-enfants. C’est une tribu soudée, en apparence du moins, qui arrive à l’Elysée. Un déjeuner familial a d’ailleurs eu lieu à l’Elysée. Les pages «people» des magazines n’ont plus qu’à se remplir.

Un style direct pour incarner le changement

Dans un pays aussi centralisé que la France, où le président de la République dispose de pouvoirs plus étendus que son homologue américain, la première journée d’un quinquennat est aussi là pour distiller un message. On se souvient que Valéry Giscard d’Estaing, élu en 1974 à 48 ans sur un agenda de réformes, était arrivé à l’Elysée à pied. François Mitterrand, lui, avait ensuite forcé le respect de la nation lors de son hommage au Panthéon. Nicolas Sarkozy, d’emblée, avait cherché à incarner la rupture avec le «président roi fainéant» Jacques Chirac, laissant son entourage multiplier les remarques assassines à son endroit.

Changement de registre cette fois. L’équipe Macron, qui dénote par son jeune âge, joue aussi sur le registre de la familiarité et du style. Son attachée de presse d’origine sénégalaise, Sibeth Ndiaye, arborait tout au long de la cérémonie un perfecto de cuir noir sur une robe colorée bien éloigné des tenues de gala habituelles.

Tout au long de la matinée, des SMS ont fait crépiter les téléphones portables des journalistes avec les indications sur le menu détail de la journée. La chance (compagne d’Emmanuel Macron depuis le lancement de sa candidature) a fait le reste, avec de belles éclaircies météo, un Laurent Fabius à son meilleur et un discours ciselé.

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Contrôle total

Emmanuel Macron l’a redit plusieurs fois et il l’avait démontré au Louvre le soir de son élection: son dialogue présidentiel se fera en direct avec les Français, dans un climat rénové. L’envers du décor est un contrôle total des faits et gestes du chef de l’Etat. C’est une «histoire présidentielle» que son équipe a commencé à vendre à l’opinion publique ce dimanche. Le scénario de l’épisode 1 de la série «Macron président» a un but avoué: faire en sorte que les Français, sous le charme et demandeurs de renouvellement, fassent tout lors des élections législatives des 11 et 18 juin pour que dure ce feuilleton si agréable à regarder.