France

Emmanuel Macron, le président qui danse avec les mots

Le président français n’hésite pas à parler des «cyniques», des «jaloux» ou à prononcer le mot «bordel». Dimanche sur TF1, il a même dû s’en expliquer. Sans rien renier

C’est connu depuis Beaumarchais: en France, tout finit par des chansons. Mais, en politique, tout commence par des mots. Les Français sont, plus que d’autres, chatouilleux quant au vocabulaire qu’on utilise à leur endroit. A cet égard, Emmanuel Macron a fait très fort depuis son élection, le 7 mai dernier. Au point que dimanche soir, pour sa première grande émission de télévision, il a dû passer plusieurs minutes, sur TF1, à s’en expliquer, avant de parler des réformes en cours ou du chômage.

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En cause, principalement, le mot «bordel», utilisé dans une entreprise du Limousin menacée de fermeture, le 4 octobre. «Il y en a certains, au lieu de foutre le bordel, ils feraient mieux d’aller regarder s’ils peuvent avoir des postes…», avait déclaré le président français, pensant ne pas être enregistré. Mais des micros traînaient…

Bordel, un mot «populaire»

Quel tollé! Après Nicolas Sarkozy, qui avait lancé «Casse-toi, pauv’ con» à un visiteur du Salon de l’agriculture qui ne voulait pas le saluer, voilà qu’un autre président tombait dans le langage grossier ou trivial. Mais non, a assuré dimanche le chef de l’Etat: ni grossier, ni trivial, mais «populaire», a-t-il dit à plusieurs reprises, en appelant à la rescousse le dictionnaire de l’Académie française. «Je n’ai pas insulté qui que ce soit, s’est-il défendu, je considère l’ensemble de mes concitoyens», assurant utiliser «un discours de vérité» alors que «nos élites politiques se sont habituées à ne plus dire les choses, à avoir un discours aseptisé, comme si ce qui est intolérable c’est le mot, et pas la réalité qu’il y a derrière». Il reconnaît toutefois que «quand on s’approche de la vérité, parfois on se brûle».

D’autres mots utilisés par Emmanuel Macron avaient déjà suscité des polémiques. Quand il était ministre de l’Economie, il avait parlé d’ouvrières «illettrées» dans une usine de l’ouest de la France. Il s’en était excusé à l’Assemblée nationale. En campagne dans le bassin minier du Nord, il avait pointé du doigt «l’alcoolisme et le tabagisme» qui y font des ravages. Déjà, il avait dû s’en expliquer sans rien renier, statistiques à l’appui.

Contre les «passions tristes» des Français

Plus récemment, il avait lancé à un contradicteur: «Le meilleur moyen de se payer un costard, c’est de travailler»; puis évoqué dans une gare «les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien»; et enfin juré qu’il ne céderait pas aux «fainéants» ni aux «cyniques» qui voudraient l’empêcher de mener à bien ses réformes.

Dimanche soir, il a redit son inquiétude devant les «passions tristes» des Français, évoquant à plusieurs reprises la «jalousie» et les «jaloux». Dans son interview à l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, il avait déjà mentionné «le triste réflexe de la jalousie française», jalousie qui «paralyse le pays».

Mais Emmanuel Macron a aussi le chic pour pimenter ses propos de mots inattendus. Il avait déjà ravi les réseaux sociaux en parlant de «galimatias» et de «poudre de perlimpinpin» lors de son débat face à Marine Le Pen, juste avant le second tour de l’élection présidentielle. Dimanche, il a sorti «croquignolesque», «je vous fiche mon billet» et même «le truchement», mot cher à Molière dans Le Bourgeois gentilhomme. Le président de la République, «plus cultivé que la moyenne» selon l’un de ses ministres, a pourtant raté deux fois le concours de la prestigieuse Ecole normale supérieure. On ne sait pas encore ce que sera son bilan de président, mais on est déjà certain de pouvoir, dans cinq ans, éditer un glossaire.


Une excellente audience pour TF1

Cette interview télévisée a été suivie dimanche soir par près de 10 millions de téléspectateurs sur TF1 et LCI, auxquels s’ajoutent 1,6 million de vues sur Internet, selon le groupe TF1 lundi.

Sur l’antenne de TF1, l’entretien a été suivi par 9,5 millions de téléspectateurs, soit 36,6% de parts d’audience, selon les chiffres de Médiamétrie. Il s’agit de la troisième meilleure audience de 2017 toutes télévisions confondues, derrière l’émission musicale Les Enfoirés (10,1 millions) et le grand débat organisé en mars entre cinq des candidats à la présidentielle (9,8 millions), déjà sur TF1, a indiqué la chaîne. La Une a enregistré dimanche soir un pic de 10,3 millions de téléspectateurs à 20h55.

Sur LCI, qui retransmettait également l’interview, 260 000 téléspectateurs étaient au rendez-vous, soit 1% de part d’audience, ce qui lui a permis d’être la première chaîne d’information sur cette tranche. Le groupe précise que l’entretien totalise 1,6 million de vidéos vues sur ses plateformes numériques. (AFP)


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