L’opération pédagogie présidentielle est accomplie. Alors que la grève «perlée» à la SNCF reprend dès vendredi, Emmanuel Macron a multiplié les explications et les «mercis» lors de son entretien au journal télévisé de TF1. En direct d’une école normande, avec en arrière-plan le spectacle des enfants jouant dans la cour, le président français a répété à plusieurs reprises que son objectif était de valoriser le «mérite» et le «travail».

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Point fort de cette édition de la mi-journée: les nombreux témoignages de Français sceptiques, voire en colère devant son bilan d’un an de quinquennat, et pas seulement du côté de la SNCF. Retraités, paysans, maire d’une commune rurale… Le présentateur Jean-Pierre Pernaut, fidèle à son image, s’est fait l’avocat de la France qui souffre face au chef de l’Etat, relayant les accusations connues de «président des riches» ou de «président des villes».

Emmanuel Macron était attendu au tournant en termes de communication. Allait-il se montrer rigide, voire énervé par les critiques qui fusent et par les attaques des grévistes? Allait-il répondre en direct à son prédécesseur François Hollande qui l’accuse au détour de son livre publié cette semaine de se comporter parfois comme «un enfant»? C’est le visage inverse qu’a montré le locataire de l’Elysée. A chaque fois, celui-ci a dit qu’il entendait ses concitoyens. Mais il n’a pas changé de méthode: d’abord redire ses promesses électorales, et ensuite mettre en avant ses convictions fortes, centrées sur la nécessité de remettre en ordre les finances et la capacité de production nationales.

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Des décisions sur la Syrie «en temps voulu»

«Depuis trente ans, on n'a pas changé en profondeur les choses, on pas pas refondé la maison. Il faut que les bases soient solides pour que la maison tienne, que les règles soient respectées», a-t-il expliqué au début de son intervention sur la situation domestique. Après avoir confirmé, en préambule, l’utilisation d’armes chimiques par les autorités syriennes et la volonté de riposte adaptée: «Nous avons la preuve que, il y a près de dix jours, des armes chimiques – au moins du chlore – ont été utilisées par le régime de Bachar el-Assad […]. Des décisions seront à prendre en temps voulu, quand ce sera le plus utile et efficace.»

Calme, déterminé, souvent souriant, le président français a refusé de remettre en cause le projet de réforme gouvernemental de la SNCF. Il a aussi confirmé la volonté de procéder aux expulsions de force sur les terres contestées de l’aéroport abandonné de Notre-Dame-des-Landes. Ces deux sujets sociaux seront à coup sûr au cœur de sa seconde intervention télévisée de la semaine, dimanche soir sur Mediapart et BFM TV. «La SNCF restera un grand service public ferroviaire», a martelé Emmanuel Macron, appelant à la rescousse le souvenir de son grand-père cheminot. La dette d’environ 50 milliards d’euros de l’entreprise «sera pour partie progressivement reprise», a-t-il promis, sans donner la moindre consigne d’ouverture au gouvernement, alors que se poursuit ces jours-ci au parlement l’examen de la loi d’habilitation à utiliser dans ce dossier la procédure accélérée des ordonnances. Seule pique au gouvernement: son refus d’opposer les cheminots aux usagers, comme l’a parfois fait le premier ministre Edouard Philippe.

«Il n’y a pas de souverain mépris»

La séquence la plus marquante de l’émission aura finalement été celle des «mercis». Interpellé dans un reportage par des retraités dont les revenus sont amputés par les nouveaux prélèvements, le président français a plusieurs fois «remercié les anciens», à qui il a reconnu demander des efforts. Une stratégie sans doute bien étudiée de président affable, reconnaissant, qui n’est pas seulement là pour demander des sacrifices. «Il n’y a pas de souverain mépris. J’ai besoin de vous. Oui j’ai demandé à nos anciens un effort avec beaucoup de considération.»

«Je n’ai jamais pris un retraité pour un portefeuille», s’est justifié Emmanuel Macron en posant le plus souvent possible la question de l’avenir de la France, et du besoin de «produire». Conclusion: devant les caméras de TF1, assis au milieu d’une salle de classe aux murs recouverts de dessins d’écoliers, Jupiter-Macron avait choisi, ce jeudi, de descendre pour faire parler les mots du professeur, plutôt que la foudre…