Commentaire 

Emmanuel Macron, ce président qui rêve d’une nouvelle France

Dans son discours à Versailles devant le parlement réuni en Congrès, le président français a martelé son idée fixe: l’obligation de repenser un modèle social, politique et économique selon lui dépassé

D’abord quelques phrases pour dire son humilité, son écoute et son réalisme. «Je sais que je ne peux pas tout, que je ne réussis pas tout», a d’emblée admis Emmanuel Macron lundi devant le parlement français réuni en Congrès à Versailles. Avant de revenir très vite à son idée fixe, presque son obsession: en finir avec la France d’hier, celle où «il était dit que les réformes étaient impossibles».

En une heure trente de discours, le président français, en butte à une chute brusque de popularité depuis quelques semaines, a de nouveau décliné les axes qu’il considère comme décisifs pour rebâtir un pays moderne, compétitif et attractif.

Axe 1: l’investissement, «non pas pour favoriser les riches mais pour favoriser les entreprises». Axe 2: l’éducation avec, en particulier, la promesse de mettre l’accent sur l’apprentissage car «il faut des accélérateurs de mobilité sociale pour en finir avec la voie française vers l’inégalité». Axe 3: la réforme de l’Etat-providence, n’en déplaise à «ceux qui n’ont que le mot assistanat à la bouche» et pour lutter «contre les inégalités de destin». Avec un mot d’ordre: «pas de nouvelles aides pour solde de tout compte» et une grande réforme des retraites confirmée pour 2019. Axe 4: l’ordre républicain, qui amènera l’Elysée à proposer, entre autres, dès l’automne «un cadre et des règles pour l’islam de France». Un ordre capable de résister «aux émotions et aux colères» sur la question explosive des migrants. Axe 5: la défense du projet communautaire, pour rompre avec «l’Europe des assis et des assoupis», au sein d’une UE «où la frontière véritable est désormais celle qui sépare les progressistes et les nationalistes».

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Un peu moins jupitérien, mais fidèle à lui-même

Ceux qui attendaient Emmanuel Macron changé par sa première année de quinquennat, voire gagné par le doute, seront restés sur leur faim. Même goût pour les formules grandiloquentes à la limite des poncifs. Longueur rébarbative d’un discours professoral. Absence d’annonces fracassantes. Mélange permanent de morale et d’économie. Eloge scolaire de la responsabilité individuelle et de la raison économique («Si l’on veut partager un gâteau, il faut un gâteau…»). Plaidoyer, surtout pour sa vision. Vision d’un «projet français pour le XXIe siècle» où «l’émancipation par le travail» sera réhabilitée. Vision d’un «Etat capable d’être un interlocuteur de confiance». D’un donnant-donnant avec le secteur privé qui, jusque-là, n’a guère été au rendez-vous en France, et surtout pas sous le quinquennat de François Hollande (dont Macron était alors le conseiller économique).

Lequel espéra en vain un coup de pouce à l’emploi de la part des patrons que l’actuel locataire de l’Elysée recevra à son tour dans les prochaines semaines pour parler embauches, apprentis et capitalisme populaire…

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Au final? Un président français un peu moins jupitérien, campé dans son rôle de «dirigeant professeur» et conscient que l’étau se resserre, tant au niveau domestique qu’au niveau européen. Mais un chef de l’Etat persuadé que la donne politique, en France, lui reste très favorable pour dessiner aux forceps les contours d’une nouvelle France.

Le rendez-vous annuel du Congrès, en 2019, devrait le voir assister aux réponses des groupes parlementaires, ce que l’actuelle Constitution prohibe. Un amendement au projet de réforme constitutionnelle que dévoilera ce mardi le premier ministre, Edouard Philippe, sera présenté en ce sens. «Je n’ai rien oublié des peurs et des colères», a souligné au début de son intervention Emmanuel Macron, persuadé que tout se jouera dans les urnes en fonction des résultats du quinquennat. Et qu’en réalité, la population française est moins conservatrice et moins caricaturale que sa classe politique et médiatique.

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