L’essentiel

Des dizaines de milliers de soldats russes campent aux frontières ukrainiennes, laissant craindre une invasion. La Russie réclame, elle, toujours que l’Otan quitte son voisinage.

Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu avec Vladimir Poutine à Moscou pendant près de cinq heures. Le président russe s'est dit prêt à «des compromis» tout en vilipendant l’Otan et l’Ukraine.

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En parallèle, le chancelier allemand Olaf Scholz a rencontré Joe Biden à Washington, alors que sa ministre des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, s'est rendue en Ukraine.

■ Vladimir Poutine semble conciliant et se dit prêt à «des compromis»

Le président russe a estimé que certaines des idées de son homologue français Emmanuel Macron pour désamorcer la crise russo-occidentale sur l’Ukraine pouvaient permettre d’avancer, à l’issue de plus de cinq heures d’entretien à Moscou.

«Certaines de ses idées, de ses propositions [...] sont possibles pour jeter les bases d’avancées communes», a dit Vladimir Poutine, au cours d’une conférence de presse commune, tout en jugeant prématuré de les exposer publiquement.

Vladimir Poutine s’est dit prêt à «des compromis», tout en accusant de nouveau les Occidentaux de menacer la Russie. Le chef de l’Etat russe a ainsi dressé son habituel réquisitoire à l’adresse de l’Otan et de l’Ukraine, accusées de menacer son pays et la paix sur le continent européen en refusant de mettre fin à leurs politiques, selon lui, antirusses.

Les présidents russe et français se reparleront après la rencontre d'Emmanuel Macron et de son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky à Kiev mardi, selon Vladimir Poutine. Le chef de l’Etat russe a de nouveau dressé une réquisitoire contre l’Otan, accusée de s’être élargie ces trente dernières années jusqu’à menacer la Russie.

■ Biden menace de supprimer le gazoduc Nord Stream 2

«Il n’y aura plus» de gazoduc Nord Stream 2 si la Russie envahit l’Ukraine, a affirmé le président américain aux côtés du chancelier allemand Olaf Scholz, ce dernier assurant que Washington et Berlin étaient «absolument uni » sur les sanctions à infliger à Moscou.

«Si la Russie envahit (l’Ukraine), cela veut dire des chars et des troupes qui traversent la frontière de l’Ukraine, encore une fois. Alors il n’y aura plus de Nord Stream 2. Nous y mettrons fin», a déclaré Joe Biden au sujet de ce gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne.

■ Scholz et Biden unis face à Moscou

Les Etats-Unis et l’Allemagne «agissent de concert» face aux «agressions» de la Russie, a affirmé Joe Biden en recevant pour la première fois à la Maison-Blanche le chancelier allemand Olaf Scholz.

L’Allemagne est «l’un des plus proches alliés» de l’Amérique, a encore dit le président américain, aux côtés du chef du gouvernement allemand, que certains à Washington considèrent comme trop complaisant envers la Russie. Olaf Scholz a en effet semé le trouble ces dernières semaines en refusant de livrer des armes à l’Ukraine et en entretenant le suspense sur le sort du gazoduc controversé Nord Stream 2, avant d’accepter de l’inclure dans la liste d’éventuelles représailles en cas d’attaque russe.

Le chancelier allemand a néanmoins tenu à rassurer son allié américain. « Nous sommes de proches alliés et nous agissons de façon coordonnée et unie quand il s’agit de répondre aux crises actuelles », a déclaré Olaf Scholz, soulignant que la Russie paierait « un prix très élevé » en cas d’invasion de l’Ukraine.

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■ La crise la plus grave en Europe depuis la fin de la Guerre froide

L’Europe traverse le «moment le plus dangereux» pour sa sécurité depuis la fin de la Guerre froide, même si une «solution diplomatique» avec la Russie reste «possible», a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, en visite à Washington.

«Personne ne masse 140 000 soldats lourdement armés à la frontière d’un pays» sans que cela ne «représente une forte menace», a-t-il estimé, en donnant une estimation du déploiement russe aux portes de l’Ukraine plus élevée que les 110 000 hommes évoqués ces derniers jours par des responsables américains.

Interrogé à ses côtés sur les avertissements des Etats-Unis quant à l’imminence d’une possible invasion russe de l’Ukraine, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a nié tout «alarmisme». «Ce n’est pas de l’alarmisme, ce sont simplement les faits», a-t-il dit lors d’une conférence de presse commune.

■ L’Ukraine accuse la Russie de «creuser un fossé» entre Kiev et ses alliés

Dmytro Kouleba, le chef de la diplomatie ukrainienne a reçu son homologue allemande Annalena Baerbock pour une visite de soutien. «Peu importent ceux qui essayent de le faire en Russie, personne ne sera en mesure de creuser un fossé entre l’Ukraine et ses partenaires», a déclaré Dmytro Kouleba, pointant du doigt «la Russie et des politiciens prorusses» à l’étranger.

De son côté, Annalena Baerbock a déclaré que les Occidentaux avaient préparé des sanctions «sévères» et «sans précédent» contre la Russie qui allaient être appliquées si Moscou attaque l’Ukraine. «Nous sommes également préparés à payer un prix économique nous-mêmes car la sécurité de l’Ukraine est en jeu», a-t-elle poursuivi.

«L’Ukraine n’exclut aucun scénario» et «est prête à tout», a également affirmé Dmytro Kouleb. «Si la Russie nous impose une nouvelle phase d’un conflit armé, nous allons combattre.»

■ Premières déclarations à Moscou

En préambule de leur rencontre diplomatique à Moscou, Emmanuel Macron et Vladimir Poutine ont adopté un ton conciliant. Le président français a dit espérer que «la discussion [puisse] amorcer ce vers quoi nous devons aller, ce qui est une désescalade», ajoutant vouloir «éviter la guerre».

Le président russe a lui salué lundi les efforts français «pour résoudre la question de la sécurité en Europe».

■ Un instantané: mobilisation à la frontière

■ L’Allemagne envoie des soldats en Lituanie

L’Allemagne va envoyer 350 soldats supplémentaires en Lituanie dans le cadre d’une opération de l’Otan, a annoncé la ministre de la Défense allemande Christine Lambrecht lors d’un déplacement à Munster.

«Nous renforçons ainsi notre contribution en termes de forces sur le flanc Est de l’Otan et envoyons un signal clair de détermination à nos alliés», a ajouté la ministre, assurant qu’«on peut compter» sur l’Allemagne.

Le chancelier Olaf Scholz avait prévenu dimanche que l’Allemagne était prête à envoyer des troupes supplémentaires dans les pays baltes. L’Allemagne dirige une opération de l’Otan en Lituanie, où 500 soldats allemands sont déployés.

■ 350 soldats britanniques en Pologne

Le Royaume-Uni va envoyer 350 soldats supplémentaires en Pologne, a annoncé le ministre britannique de la Défense Ben Wallace. Ces troupes s’ajoutent à 100 ingénieurs de l’armée britanniques déjà présents dans le pays. Il s’agit de «montrer que nous pouvons travailler ensemble et envoyer un signal fort que Grande-Bretagne et Pologne se tiennent côte à côte», a déclaré le ministre lors d’une conférence de presse avec son homologue polonais Mariusz Blaszczak.

■ Emmanuel Macron à Moscou

Le président français est arrivé dans la capitale russe pour rencontrer Vladimir Poutine, se disant «déterminé et lucide» quant à la possibilité de faire baisser la tension aux frontières de l’Ukraine, tout en reconnaissant ne pas croire qu’il puisse y «avoir de victoire à court terme» dans les négociations mais que l’important était de «recréer» de la «confiance» avec son homologue russe.

Emmanuel Macron s’est dit «raisonnablement» optimiste, à bord de l’avion qui le conduisait à Moscou. Il doit se rendre à Kiev mardi pour y rencontrer le président ukrainien Volodymyr Zelensky. «Nous avons à construire les termes d’une équation qui rend possible la désescalade sur le plan militaire», a ajouté le président français. Interrogé sur le schéma d’une «finlandisation» de l’Ukraine, c’est-à-dire une sorte de neutralité, Emmanuel Macron reconnaît qu’il «fait partie des modèles sur la table» mais que la crise «ne peut pas se régler en disant qu’il resterait dans un no man’s land, sans possibilité de souveraineté, de sécurité».

Le Kremlin a de son côté jugé «très importante» la rencontre des deux présidents, même si «la situation est trop complexe pour s’attendre à des percées décisives après une seule rencontre».