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Jean-Yves Camus, politologue: «Emmanuel Macron a raison d’aller à l’abordage et de s’attaquer de front à ces leaders populistes. Il faut provoquer le débat.»
© REUTERS / LEHTIKUVA

Union européenne

«Emmanuel Macron a raison de s’attaquer aux droites populistes»

La poussée de l’extrême droite plane sur les législatives de dimanche en Suède. Une preuve de plus, selon le politologue français Jean-Yves Camus, qu’un combat politique crucial est engagé au sein de l’UE

Le parti des Démocrates de Suède sera-t-il dimanche le nouveau venu sur la liste des partis d’extrême droite européenne victorieux dans les urnes? Les sondages le créditent d’environ 20% des voix, preuve du succès de son positionnement anti-immigration. De quoi le placer en position d’arbitre, puisque aucune coalition ne paraît, pour l’heure, capable d’obtenir une majorité absolue pour succéder à l’actuelle majorité «rouge-verte» du premier ministre social-démocrate sortant, Stefan Löfven…

Un progrès électoral significatif des Démocrates de Suède confirmerait la poussée des droites dures au sein de l’UE, à neuf mois des européennes de la fin mai 2019. Avec cette question: un front nationaliste commun peut-il émerger, déstabilisant les deux partis dominants au parlement de Strasbourg, le PPE conservateur et le PSOE socialiste? Auteur du livre Les droites extrêmes en Europe (Ed. Seuil) Jean-Yves Camus nuance cette hypothèse.

Peut-on parler, jusqu’en Suède, d’un effet Orban-Salvini?

Un élément relie toutes ces formations de droite dure européennes: le rejet de l’immigration. C’est le point commun qui permet de dessiner un axe, de la Scandinavie avec les Démocrates de Suède, à la Grèce, avec le parti néonazi Aube dorée. Il est faux, par contre, de lier la poussée de l’extrême droite en Suède aux succès électoraux du premier ministre hongrois, Viktor Orban, ou du leader italien de la Lega, Matteo Salvini. Chaque parti d’extrême droite se nourrit d’abord des frustrations nationales. A part le rejet de l’étranger, il n’y a pas entre eux d’agenda partagé. Tous ne se positionnent d’ailleurs pas de la même façon par rapport à l’Union européenne. 

L’éventuelle poussée électorale des Démocrates de Suède reste donc une affaire suédoise?

On sent la volonté, au sein de ces partis de droite dure, de constituer un front unifié en vue des élections européennes. Leur rhétorique va dans ce sens. Mais dans les faits, on en est encore loin. Prenez Viktor Orban, en Hongrie, qui se profile de plus en plus comme l’anti-Macron. Son parti au pouvoir, le Fidesz, est encore membre du Parti populaire européen (PPE, conservateur) et ses élus siègent dans le groupe de ce dernier à Strasbourg, aux côtés des élus français du parti Les Républicains et des eurodéputés allemands de la CDU. Le Fidesz n’a dès lors aucun intérêt à rejoindre des formations de droite plus marginales. Autre réalité: les conservateurs britanniques qui siègent au parlement européen dans le même groupe que les élus du parti polonais Droit et Justice (PIS) de Jaroslaw Kaczyński ne seront bientôt plus là, Brexit oblige. Avec qui les Polonais vont-ils s’allier? Le front commun n’est pas encore au rendez-vous.

Dans les urnes, pourtant, ces partis de droite radicaux ne cessent de gagner du terrain…

C’est vrai. Mais la difficulté, pour ces formations, reste de franchir leurs frontières nationales. Les Démocrates de Suède ont ainsi toujours refusé de travailler avec le Rassemblement national français de Marine Le Pen. Il faut ajouter à leurs divergences politiques la question des ego et des chefs, toujours très vive du côté de l’extrême droite. Marine Le Pen a constitué le groupe de «l’Europe des nations et des libertés» au Parlement européen, au sein duquel siègent les élus néerlandais du parti de Geert Wilders et ceux de la Lega de Salvini. Mais qui en est vraiment le chef? Un autre élément va jouer un rôle lors de la campagne pour les européennes de 2019: qui seront les têtes de liste de leurs partis? Orban ne le sera pas. Salvini, non plus. Le Pen non plus. Or, sans leurs chefs charismatiques, ces partis trébuchent vite.

Reste le point commun que vous évoquez: le rejet des migrants. Sauf que là aussi, il n’y a pas unité de vue. Viktor Orban a développé une thématique anti-réfugiés, lorsque ces derniers prenaient la route des Balkans, désormais fermée. Ce qu’il veut, c’est l’arrêt de toute tentative de relocalisation de ces derniers par l’UE. Matteo Salvini, lui, est dans une logique contraire. L’Italie est un pays de premier accueil. Ce pays a besoin que l’Union européenne relocalise les nouveaux arrivants… Les agendas ne coïncident pas. Ces leaders de droite dure agitent les mêmes épouvantails, manient les mêmes peurs. Dans les faits, ils se contredisent.

Ce qui n’empêche pas Emmanuel Macron, leur ennemi déclaré, d’apparaître de plus en plus isolé…

Emmanuel Macron a raison d’aller à l’abordage et de s’attaquer de front à ces leaders populistes. Il faut provoquer le débat. Le pire serait de ne pas résister, et de les laisser occuper seuls le terrain de l’opinion. La grande difficulté que rencontre le président français est que sa pensée européenne est complexe. Il ne raisonne pas en termes binaires comme ses adversaires. Il ne dit pas que le réveil des identités nationales est une mauvaise chose. Il le constate, mais propose de le concilier avec l’intégration communautaire. Macron est donc, sur le plan européen, confronté également aux limites du «en même temps». Mais sa force est son énergie. Il va au charbon. Il se bat dans l’espoir de rallier les progressistes. C’est la seule solution.

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