Et si la «bulle» Macron virait à la déferlante? Alors que de nombreux observateurs restent sceptiques sur les chances de l’ancien ministre français de l’Economie – candidat à la présidentielle hors primaires –, de plus en plus de hauts fonctionnaires et d’élus se rallient à son panache.

L’arrivée la plus révélatrice est celle de l’économiste Jean Pisani-Ferry, qui dirigeait depuis 2013 l’agence France Stratégie, soit l’ancien commissariat au plan. Fondateur du groupe de réflexion Bruegel à Bruxelles, très proche de l’ancien dirigeant italien Mario Monti, ce dernier fut surtout l’un des collaborateurs de l’ancien patron du FMI Dominique Strauss-Kahn, lorsqu’il dirigeait le Ministère des finances (1997-1999). Preuve que beaucoup, dans les cercles du pouvoir de la gauche réformiste – tel le collectif «Les Gracques» – voient Emmanuel Macron en héritier de DSK dont l’une des forces fut de rassembler à Bercy des conseillers dévoués, à l’époque dirigés par l’actuel gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau: «Dans la haute fonction publique de gauche et du centre, plus personne ne parle de «bulle» Macron, concède l’un d’entre eux. Il a l’offre politique la plus intéressante, pro-européenne et pas protectionniste. A la croisée de Strauss-Kahn le libéral et de Rocard le réformateur. Les «technos» se bousculent pour l’épauler.»

Consolidation de son mouvement En Marche

Ces recrutements renforcent l’image d’un Emmanuel Macron courtisé par les élites parisiennes et éloigné du peuple, lui qui n’a jamais été élu. Elle accrédite aussi, à dix jours du premier tour le 22 janvier de la primaire «citoyenne» du PS, l’image d’un candidat social libéral décrié par l’aile gauche du parti, représentée par Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. Mais elle témoigne d’une nette consolidation de la machinerie d’En Marche, son mouvement qui revendique plus de 120 000 membres. Gérard Collomb, le maire PS de Lyon, soutien des premiers jours, répète depuis plusieurs semaines qu’une campagne présidentielle exige un «état-major capable de l’emporter». La porte-parole du candidat, elle aussi juste ralliée, est l’ex-journaliste Laurence Haïm qui représentait la chaîne I-télé (Canal Plus) aux Etats-Unis.

Tout en ressuscitant le fantasme de DSK – l’ex-ministre socialiste dont tout le monde pense qu’il aurait pu battre François Hollande à la primaire de 2011 s’il n’y avait pas eu le scandale sexuel du Sofitel de New York –, Emmanuel Macron déchire la «Hollandie». La ministre de l’Environnement, Ségolène Royal l’a plusieurs fois félicité. L’ancien conseiller numérique du président, Mounir Mahjoubi, l’a rejoint. Et si l’ex-premier ministre Manuel Valls sort battu de la primaire, beaucoup prédisent une hémorragie pro-Macron chez les «progressistes» du PS.

L’ancien ministre de l’Economique de François Hollande est enfin en train d’assécher le réservoir d’élus de son rival potentiel au centre: le maire de Pau François Bayrou, patron du Mouvement démocrate (Modem). Après avoir très tôt enrôlé l’eurodéputée Sylvie Goulard, il devrait être rejoint par un autre élu à Strasbourg, l’ancien présentateur du journal télévisé Jean-Marie Cavada, et par l’ex-ministre de l’Environnement Corinne Lepage. Une façon de signifier à François Bayrou qu’il manquera de troupes s’il se présente pour la troisième fois à la présidentielle, alors que les sondages actuels ne lui donnent pas les 5% indispensables pour obtenir le remboursement public de ses futurs frais de campagne.